‹ Œuvres choisies;Chapitre 170 sur 194 · LE SIRE DE COUCY · texte numérisé non relu

LE SIRE DE COUCY

Laissons le souci, la peine!

Des bois respirons l'haleine

Qui nous rit

Et nous dit :

« Hâte-toi, car tout finit! »

L£ SIKE COUCY

(Inédit.)

« Je ne suis roi ne prince aussi , » Je suis le sire de Coucy, »

Disait qui pouvait dire ainsi ; Et moi qui perds où plus d'un gagne, Qui n'ai ni page ni varlet, Rentes, château ni châtelet, Sire ne suis que d'un chalet Dans la montagne.

Entre deux cimes de rocher Le chalet vint, non se percher , Mais se blottir et se nicher Au fond de sa verte prairie , Où le torrent qui sort des bois Lui jette l'écho de sa voix Et la cascade des parois Sa draperie.

MONTAGNE

Le sire n'a qu'un vieux chapel , Qu'un vieux surcot, qu'un vieux mantel, Et, quand il sort de sou châtel, Rien que son chien, rien que sa canne, Ses compagnons dans la forêt, Où d'un songer triste et secret.

En lui-même tout seul il brait Comme un vieil âne ;

Comme un vieil âne revenu De plus d'un pays inconnu, N'en rapportant, chétif et nu.

Que son bagage de vieillesse :

Un reste de jours peu sereins, Et des soucis et des chagrins, Fagot d'épines sur les reins.

Et bât qui blesse.

Et cependant, couci, couci, En cela sire de Coucy, A pas lents, l'air un peu transi , Il va toujours, en long, en large, Attendant l'heure qui viendra, Oii de fatigue il tombera Dans l'herbe, et là s'endormira Avec sa charge.

Cergniemin, juin 1872.

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