LA NEIGE
Il rit au froid, et traite ainsi de pair Les hauts sapins drapés en blanc cortège. Chantons la neige, C'est le sourire de l'hiver.
Chantons la neige et le houx toujours vert.
En vain l'hiver nous morfond et nous glace.
Chantons la neige et le houx ; Celui des ans vînt-il aussi pour nous , Il n'est hiver qu'un printemps ne remplace : Printemps qui luit et fuit comme un éclair, Printemps que rien n'efface ni n'abrège. Chantons la neige, C'est le sourire de l'hiver.
Chantons la neige et le houx toujours vert.
Beaux lis tombant de la voûte éthérée.
Chantons la neige et le houx , Le sol humain est trop brûlant pour vous , Avec sa lave ou sa fange dorée.
Mais, ô blancheur qui viens du ciel ouvert. Tu reviendras, et plus blanche, que sais-je ? Chantons la neige, C'est le sourire de l'hiver.
Chantons la neige et le houx toujours vert.
II janvier 1867.
MONTAGNE
LKS VOISINS DE MONTAGNX
(A M. Henri Bauverd. — Inédit.)
Nous sommes voisins de montagne, Nous suivons le même sentier, Par où l'on quitte et l'on regagne Chacun son alpestre quartier. Il contourne l'herbeuse crête Qui sépare nos deux vallons.
Et quand le pied tarde ou s'arrête.
Le cœur n'a-t-il pas les bras longs?
Oui, malgré les versants contraires De nos monts et de nos destins.
Tendons-nous une main de frères.
Les cœurs ne sont jamais lointains.
A travers la brume entassée, Ses flots épais, ses noirs sillons, On se touche par la pensée, Le cœur n'a-t-il pas les bras longs?
Mais votre Muveran se dore.
Son haut azur s'approfondit, Notre Argentine se colore, Dans le nuage elle grandit.