LE BROUILLARD ET LES CIMES
Rien ne l'arrête, il monte, il grimpe Vers les cimes sans embarras, Portant jusque dans leur Olympe Sa marchandise sous le bras.
Il se promène dans leurs salles Aux murs de neige, et, se tordant Sous leurs arcades colossales, Les tourne d'un pas impudent.
En vain leur blancheur qui frissonne Résiste à son impur contact.
Il l'emmaillote, il l'emprisonne, Sans aucun goût, sans aucun tact.
A peine une épaule de neige Là, dans un coin, se laisse voir ; Comme Tartufe il la protège D'un pan de brume pour mouchoir.
De pied en cape il les habille.
Leur mettant mantille et manchon, Et si leur casque encor scintille.
Il y jette son capuchon.
Il règne, il plane sur leur sphère, Sous lui la rabaissant ainsi, Et les cimes le laissent faire.
Sachant qu'il a son heure aussi.
MONTAGNE
Il passe à toutes même robe, Et s'admire en ce jour nouveau Où toute hauteur se dérobe, Où tout est du même niveau.
Il s'applaudit, il se pavane Il dit : « C'est moi qui fais cela ! » Mais, soustraites à l'œil profane, Les cimes n'en sont pas moins là.
Cergniemin, juin 1872.
LA Nï:ïG£
(Inédit.)
Fille des airs, la neige s'y balance, Chantons la neige et le houx, Puis doucement, lentement, jusqu'à nous Glisse sans bruit et se pose en silence. Son blanc duvet tient les champs à couvert, Son gai manteau les cache et les protège ; Chantons la neige.
C'est le sourire de l'hiver, Chantons la neige et le houx toujours vert.
Le houx noueux a sa feuille robuste.
Chantons la neige et le houx, A son corail qui brille par-dessous, A ses piquants, mâle et malin arbuste.