ANNE, MA SŒUK ANNE
Sœur de ma vie, au loin qui voyons-nous venir, Sur l'herbe qui verdoie et que n'a pu ternir
De l'hiver la première haleine?
Dis-moi, qui nous arrive, un bâton dans la main. Taciturne et craintif, par le gHssant chemin
Où le soleil poudroie à peine ?
Hélas! c'est l'an nouveau qui ^'avance vers nous, A petits pas, sans bruit, sans gaîté ni courroux,
Un peu triste et penchant la tête.
Dans notre humble tourelle il entre, pauvre et nu. Mais qu'il n'en soit pas moins, chez nous, le bienvenu,
Sourions-lui ! Faisons-lui fête !
S'il nous dit qu'il n'a rien, et qu'il nous fasse voir Son sac de voyageur, abîme vide et noir ;
S'il s'inquiète et se lamente; S'il nous montre le ciel se dépouillant d'azur, Et, de tous les côtés, à l'horizon obscur.
Le brouillard qui monte et s'augmente ;
Répondons-lui qu'au fond du sac il est resté Un bien dont nous n'aurons jamais assez goûté, L'amour, auteur de toute joie.
88 LA FAMILLE
Berçons-le de nos vers, de nos vieilles chansons ! Endormons-le avec nous ! Et tous deux, bénissons Notre hôte et celui qui l'envoie.
31 décembre 1833.