‹ Œuvres choisies;Chapitre 28 sur 194 · LA VISITE · texte numérisé non relu

LA VISITE

(Pour Eysins. — Janvier 1840.)

Lorsque le soir, pensif et sombre.

Met son manteau de pèlerin,

Comme lui, je voudrais, dans l'ombre,

Franchir coteau, bois et ravin.

Je pars, j'arrive à tire-d'aile;

Je ne crois plus rêver, déjà ;

Et de tout loin je vous appelle,

Je viens, je frappe... Etes-vous là?

LA FAMILLE

Que fait ma mère ? est-elle encore Au jardin, près de \ abeille}^?

Malgré le poussin qui pérore, Ferme-t-elle le poulailler ?

Mon père est-il à la montagne Depuis que l'aube étincela?

Dans les vallons la nuit le gagne.

Tous, pour l'attendre, êtes-vous là ?

Le vieux coq, secouant sa crête.

Dit gravement sur le perchoir :

« Femme de cœur, femme de tête » Est celle qui vient chaque soir. »

Puis il s'endort ; mais sa louange, Que nul poëte n'égala.

Vole de l'étable à la grange.

L'entendez-vous, êtes-vous là?

Le sapin cause avec le hêtre Sur les monts, plus noirs que la nuit. Il lui dit : « Vois-tu ce vieux maître » Que mon ombre au loin reconduit !

» Comme nous il eut ses orages, » Son coup de vent dont il trembla : » Ainsi raisonnent nos deux sages...

Mon père arrive... Etes-vous là?

Autour du feu, dans la cuisine.

Vieille, lustrée, aux murs brunis,

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