‹ Œuvres choisies;Chapitre 29 sur 194 · LES BKUÏTS BU MONDE · texte numérisé non relu

LES BKUÏTS BU MONDE

ou l'insomnie de ma mére (Eysins, 1841.)

Mon père et moi, l'autre soir, et ma mère, Nous étions seuls, au foyer nous chauffant ; Lui me contait ses souvenirs.de guerre, Elle, mes tours et mes exploits d'enfant. Et moi, tout bas, je leur faisais entendre Quelques échos du monde et de son bruit. Ah! pauvre mère, et si bonne et si tendre. Tu n'en pourras fermer l'œil, de la nuit.

Le croirais-tu? Lorsque tu vois mon père Teiller le chanvre, effilé sous sa main, J'en sais plus d'un qui, se disant bon frère. Se fait sa toile aux dépens du prochain. Contre la trame on a beau se défendre, Un fil vous tire, un autre vous conduit. Ah ! pauvre mère, et si bonne et si tendre, Tu n'en pourras fermer l'œil, de la nuit.

LA FAMILLE

Le croirais-tu ? Comme rit ton aiguille Dans ce gilet qui lui doit maints hivers, Tel s'applaudit et rit dans sa famille D'avoir piqué tel autre à mots couverts. Si tu voyais comme il sait bien s'y prendre, Comme il accroche, égratigne et s'enfuit ! Ah ! pauvre mère, et si bonne et si tendre. Tu n'en pourras fermer l'œil, de la nuit.

Le croirais-tu ? Quand nous disons à peine Que nous aimons, tant nous le savons bien î J'en connais un qui, sans reprendre haleine, Le dit vingt fois, n'en pense jamais rien. Geste, sourire, il a su tout apprendre. D'autant plus faux qu'à présent il reluit. Ah ! pauvre mère, et si bonne et si tendre. Tu n'en pourras fermer l'œil, de la nuit.

Le croirais-tu ! la flamme qui serpente Est moins que tel preste à. se faufiler. Est moins subtile et guette, moins rampante, Tout ce qui peut la repaître et l'enfler : Flamme il monta, fumée il va descendre. Fumée éteinte, et que le vent poursuit. Ah ! pauvre mère, et si bonne et si tendre, Tu n'en pourras fermer l'œil, de la nuit.

Le croirais-tu ? Regarde, à la muraille. Le vieux Laharpe et son front redressé !

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