ÉCRITE DE LA MONTAGNE
Sur ces calmes hauteurs où, seul, le ciel descend.
Tu saurais mieux que moi, d'un cœur reconnaissant,
T'inspirer et jouir, à sa source plus pure.
De la grave beauté de l'antique nature :
De ces monts qu'une voix, parlant du haut des cieux,
Fit sourdre, flots de pierre, en bonds prodigieux;
De ce léger soleil dont la flamme épurée
N'a pour toute vapeur qu'une fraîcheur dorée ;
Du mélèze qui vibre au moindre appel des airs,
Comme un vieux chantre aveugle et rempli de concerts,
Quand le passé d'un souffle éveille sa mémoire.
Seul, se fait de ses chants un nombreux auditoire ;
Du lac qui se déroule et se perd dans la nuit,
' Où sa vague s'endort sous l'étoile qui luit.
Mais moi, — les vallons verts, Tempés silencieuses. Que mes rêves jadis peuplaient d'ombres heureuses ;
^ Leur velours d'émeraude où, sur un sable noir.
Roule une eau fraîche et sombre, honneur de l'abreuvoir ; Le thymier dont j'ai fait cent couronnes aux Fées, Dans mes jeunes chansons, maintenant étouffées ; Les longs appels lointains, les hourras des bergers; Blottis dans les parois, les échos mensongers; L'ombre, la paix du soir ; la flamme hospitalière Et dans le haut foyer la profonde chaudière ; Les vaches dont le sein ne contient plus le lait, Bellemeni, .à grands sons, regagnant le chalet;