‹ Œuvres choisies;Chapitre 38 sur 194 · LES POÈTES · texte numérisé non relu

LES POÈTES

Ainsi tu me parlais, et je viens de relire,

Après quatre ans passés.

Ces vers où ton amour s'efforçait de me dire :

Espère ! c'est assez.

Que de soucis dès lors, d'aveugle inquiétude,

D'oubli du vrai soutien, De travaux entassés, de veilles et d'étude,

Pour voir qu'on ne sait rien !

L'homme a beau creuser l'onde, ou l'azur, ou le sable,

Et retourner son nid :

Il ne saisit jamais ce fond insaisissable,

L'infini ! l'infini !

C'est comme un jeu pour lui que le tour de la terre :

Oh ! le hardi vainqueur !

Il ne laisse échapper aucun lieu solitaire.

Et ne fuit que son cœur.

Mais ce grand conquérant, tournant partout ses voiles

Sur les mers d'ici-bas.

Déjà prêt à rêver l'empire des étoiles,

Ne se possède pas.

Io6 LA FAMILLE

Ou, sur l'aile des vents, qu'une graine nouvelle

Tombe et lève partout, Il s'admire en son œuvre et la croit immortelle,

Mais Dieu l'attend au bout.

Que de fois le soleil a vu sur la colline

Mûrir des épis d'or.

Qui pourtant n'étaient pas cette moisson divine

Que l'on attend encor !

Pour nous, bien revenus des altières pensées.

Nous contentant de peu.

Nous cheminons toujours, nos deux mains enlacées,

Ne croyant plus qu'en Dieu.

Nous-mêmes nous portons notre léger bagage,

Ainsi que des soldats.

Et chantant nos chansons, nos chansons de voyage,

Nous allons pas à pas.

Les enfants, sur le bord de la route poudreuse,

Vont dénichant pour nous Quelque fleur, puis au fond de la vallée ombreuse

Dorment sur nos genoux.

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