‹ Œuvres choisies;Chapitre 39 sur 194 · CHANSON DIALOGUÉE · texte numérisé non relu

CHANSON DIALOGUÉE

Sur le vieil air : Cent fois dans la forêt j'ai chassé sans rien prendre.

Je m'en vais, je m'en vais dans les hautes montagnes Mais, si tu m'accompagnes.

Nul sentier n'est mauvais.

Je m'en vais, je m'en vais!

Par deux anneaux d'amour, je demeure enchaînée, Et ma route est bornée A la moitié d'un jour Par deux anneaux d'amour.

Et quels anneaux d'amour, et quelle forte chaîne T'enlacent dans la plaine.

Au pied du haut séjour.

Et quels anneaux d'amour?

Chers et doux enfançons ! l'un encor marche à peine: Voilà plus forts qu'un chêne.

Mes anneaux, mes chaînons.

Chers et doux enfançons î

Sous l'œil ardent du jour, par les gazons rapides, Par les gorges arides, * Je monte sur la Tour\ Sous l'œil ardent du jour.

^ Certaines cimes, dans les Alpes, portent le nom de tour.

o8 LA FAMILLE

Dormez, enfants! dormez. Dormez, la chambre est Et je veille dans l'ombre [sombre Sur vous, mes biens-aimés.

Dormez, enfants! dormez.

Chantant son chant d'amour, l'oiseau de la montagne Sautille et m'accompagne De détour en détour, Chantant son chant d'amour.

Enfants! oiseaux chéris ! votre bouche naïve Suit ma chanson plaintive ; C'est moi qui vous l'appris ; Enfants, oiseaux chéris!

Cent fois dans la forêt, cent fois je t'ai nommée. L'écho, sous la ramée.

Avec moi soupirait.

Cent fois dans la forêt.

Forêt où je le voi ! tends-moi ton noir branchage, Près de lui, sous l'ombrage.

Près de lui, porte-moi!

Forêt oïl je le voi.

Planant du haut des airs je guette en bas ma joie, Et l'aigle aussi sa proie, Parmi les rocs déserts, Planant du haut des airs.

Bel aigle, enlève-moi! mon bien-aimé m'appelle. Oh! je veux sur ton aile

SONNET

M'envoler avec toi :

Bel aigle, enlève-moi !

— Au bord du lac Nervau j'ai vu la fleur cachée,

Et la forêt penchée.

Et le couchant si beau, Au bord du lac Nervau.

— Il est un lac d'azur où mon âme est penchée,

Où ma vie est cachée :

L'amour profond et pur.

Voilà mon lac d'azur.

— Qu'as-tu fait de mon cœur?qu'as-tu fait de ma vie?

Rien ne me fait envie.

Ni l'oiseau, ni la fleur.

Qu'as-tu fait de mon cœur ?

— Ton cœur? il est à moi: c'est mt)i qui suis sa garde.

Dans le mien je regarde, Et j'y suis avec toi.

Ton cœur, il est à moi.

Chalets des Agites, 1838.

SONNET

Mes enfants! mes enfants! — O triste et chère peine! — O mes pauvres enfants, vous aussi dispersés ! , Vous aussi, verts rameaux du jeune et faible chêne. Qui se réjouissait de les avoir poussés !

IIO LA FAMILLE

Mais les vents sont venus ! Leur brusque et noire haleine. Amoncelant la nuit dans les airs oppressés, Longtemps avant l'automne a balayé la plaine, Et l'arbre et ses rameaux en ont été froissés.

Hélas! hélas! mon Dieu! plus de ces gaîtés franches, De ces voix du matin gazouillant sous les branches; Plus de chant de midi, quand le grillon s'endort;

Et plus de chant du soir, doux, innocent et tendre! Plus qu'un tronc languissant, qui doit souffrir, attendre ; Et peut-être demain un silence de mort.

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