DAMON
A ses genoux, couché par terre, Son chien regarde aussi là-haut Ce que le maître considère, Le devinant, ou peu s'en faut.
La panetière, peu dodue, Contient du pain et quelques noix.
Et la musette, détendue.
N'a plus qu'un seul filet de voix.
Pauvre musette ! à son aurore.
Ces bois en ont aimé les sons ; Damon lui-même en tire encore Par-ci par-là quelques chansons.
Et sur le buis, sans qu'il y pense.
Voilà ses doigts tous à leur rang.
Et son coude presse en cadence L'outre sonore au vaste flanc.
Sa voix tantôt monte ou s'abaisse, Semble se taire, et de nouveau C'est une onde qui passe, et laisse Passer après tout le ruisseau.
Les deux chevrettes, qui l'entendent.
Lèvent la tête à ce signal.
De la montagne elles descendent Par les rochers ceignant le val.
Et lui, toujours enflant sa joue, Plus il les voit se rapprochant.
LA FAMILLE
Plus il s'anime, et mieux il joue, Mêlant un sourire à son chant.
Mais il sourit comme en un rêve Qui détache l'âme du corps, Et qui vous porte et vous soulève Au sein d'harmonieux accords.
Au lieu donc de ses deux gazelles, Il voit venir à ses pipeaux, Non moins folâtres demoiselles, Deux bergères en grands chapeaux.
Immobile, l'aînée écoute Le chant, d'un air plus attendri.
Et son regard vous laisse en doute S'il se mouille ou s'il a souri.
Mais la petite, d'un fou rire.
Poursuit Damon toujours soufflant.
Et de sa barbe qu'elle tire, Conipte avec soin chaque poil blanc.
Il la saisit enfin, la place Sur ses genoux, comme jadis.
Et là, pour se venger, l'embrasse Deux ou trois fois, et même dix.
Mais la musette tombe à terre Au nez du chien, moitié sur lui; Et Damon reste solitaire...
Avec le chant le rêve a fui.