‹ Œuvres choisies;Chapitre 57 sur 194 · UN PEU DE DISPUTE · texte numérisé non relu

UN PEU DE DISPUTE

(Lausanne, 1844.)

Un peu de dispute ranime.

Foin des gens toujours endormis!

La discorde serait un crime, Mais se disputer est permis.

Toujours d'accord! rien n'est plus fade! Si personne ne soufflait mot.

Chacun en deviendrait malade, L'homme d'esprit comme le sot. .

Un peu de dispute ranime, etc.

Toujours d'accord dans un ménage !

Supposons-le par charité :

S'en aimerait-on davantage ?

Nul ne le sait, en vérité !

Un peu de dispute ranime, etc.

Toujours d'accord entre confrères.

Entre savants et beaux esprits :

174 POLITiaUE. REGRETS, ETC.

Que deviendraient tant de libraires, Et de quoi vivraient les souris ?

Un peu de dispute ranime, etc.

Toujours d'accord, même au village, Dans les cités, dans les Etats, Au premier, au cinquième étage...

Que deviendraient les avocats?

Un peu de dispute ranime, etc.

Toujours d'accord dans notre Suisse.

Ici pourtant, tenons-nous bien; N'allons pas dire une malice Qui soit d'un mauvais citoyen.

Un peu de dispute ranime, etc.

Toujours d'accord ! la terre et l'onde Disent aussi : Le tien^ le mien; La paix étoufferait le monde; Mais le monde ne risque rien...

Un peu dispute ranime.

Foin des gens toujours endormis !

La discorde serait un crime, Mais se disputer est permis.

LES HÉROS HELVÉTiaUES

LES HÊKOS MELVÊTIQUKS

(A M. l'avoyer Neuhaus.)

Oh ! les temps héroïques, Où sont-ils? où sont-ils?

Hommes des jours antiques, N'avez-vous plus de fils ?

D'Erlach, dans la campagne.

Où donc est le cimier?

De Tell, sur la montagne, Où le sifflant acier ?

D'Arnold, sur le rivage.

Où le bras saint et fort, Faisant un grand passage De victoire et de mort?

Où, Léman, sur ta grève, La voix de Berthelier, S'écriant : « Pour Genève Je mourrai le premier ? »

De Davel, âme auguste.

Où le libre échafaud, Trône d'un homme juste.

Succombant le front haut ?

POLITIQ.UE. REGRETS, ETC

J'entends des voix amères Longuement discourir :

Oîi sont, comme leurs pères, Ceux qui savent mourir ?

Des tribuns, par centaine!

Chacun poussant les siens :

Mais où sont, dans la plaine, Où sont les citoyens ?

Pourtant, guerrier sublime, Schwytz est là toujours, Là, debout, sous la cime Aux imprenables tours:

Cime de sang trempée.

Qui lui sert de drapeau !

Lui, ceint de son épée, La main sur le pommeau !

Et dans son vert domaine.

Au bord du torrent sourd, L'Ours, toujours, se promène, De son pas ferme et lourd ;

Bête puissante et sage, Aux durs et fins regards ; Lion par le courage.

Renard pour les renards.

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