‹ Œuvres choisies;Chapitre 60 sur 194 · A BAS · texte numérisé non relu

A BAS

Je ne suis pas de ceux qui ne respirent Que faux bonheur, fausse tranquillité.

C'est dans la paix que nos malheurs empirent ; L'ordre public corrompt la liberté.

La nuit, mon rêve est que le monde ploie D'un pôle à l'autre, et tombe avec fracas. Puis, je m'éveille avec ce cri de joie: « A bas ! »

A bas! à bas! ce mot seul peut me plaire: Je le savoure et j'en sens la douceur ; Non, rien de tel qu'un beau jour de colère ! On frappe, on brise, on casse avec bonheur. Quoi ! le soleil toujours après la pluie ! Toujours ces biens qui font notre embarras ! Toujours ces fleurs, ces fruits !.... cela m'ennuie. A bas!

A BAS î

O Liberté ! nous avons pris ta lance, Mais pour en faire un levier dans nos mains, Un fort levier qui secoue en silence L'arbre du monde, aux feuillages humains. Vois-le déjà, des pieds jusqu'à la cime, Trembler, gémir sous l'effort de nos bras, Vois-le pencher sa tête vers l'abîme!.... A bas!

Tombe aux accords de nos lyres sauvages, Arbre vieilli, planté par nos aïeux !

Va t'engloutir dans le torrent des âges. Et dans ses flots qu'il t'emporte avec eux ! Tes longs rameaux ni ta noueuse écorce Du noir destin ne te sauveront pas.

Déracinons, déracinons à force !

A bas !

Il est tombé, le cèdre au large ombrage, Sa gloire est morte, et chacun le honnit. L'aigle, qui dort le front dans le nuage, A son sommet ne fera plus son nid; Le pèlerin, les pieds blancs de poussière, Ne pourra plus y détourner ses pas; Ni les bergers, ni la gent moutonnière. A bas !

En attendant qu'un autre arbre s'élève, O Liberté ! là, nous dressons le tien :

POLITIQ.UE. REGRETS, ETC

Mât pavoisé, mais qui n'a point de sève, Point de racine, et ne pose sur rien.

Aucun oiseau ne se fie à ses branches ; Même il en est qui, prenant leurs ébats. Disent aussi, voix malignes et franches : « A bas! »

LES PÊLEKÏNS SUISSES

Chacun disait : « Terre plus douce Ne sourit au regard de Dieu; Au pied des chênes, sur la mousse, Plantons nos tentes en ce lieu. »

Mais la tempête au vol sonore A fait ouïr sa voix d'airain, Et nous devons reprendre encore Le bâton blanc du pèlerin.

Les montagnes, comme une tente.

Dressaient leur cime vers les cieux.

Les prés fleuris, l'onde éclatante Tour à tour récréaient nos yeux.

Mais tout est sable, et le rivage Tremble sous un choc souterrain.

Nous avons pour tout héritage Le bâton blanc du pèlerin.

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