LES HÉROS HELVÉTIQ.UES
Et que l'oiseau superbe, Sur les monts las d'errer, Ne voit plus rien, dans l'herbe, Passer ni respirer.
Le chant, le chant qui monte, Ils Fécoutent pourtant :
Mais ils n'en tiennent compte ; Hélas ! ce n'est qu'un chant !
Comme un bruit de tempête Il expire auprès d'eux; Mais ils hochent la tête.
Et regardent les cieux.
Ils soupirent,... ils passent.
En espérant encor, Et dans la nuit s'effacent Avec les astres d'or.
Oh! les temps héroïques, Où sont-ils? oîi sont-ils?
Hommes des jours antiques, N'avez-vous plus de fils ?
l8o POLITIQ.UE. REGRETS, ETC.
UN BON CONSDCKYATEUK
Je ne suis pas de ceux qui ne respirent Qu'orage, trouble et révolution.
De lutte en lutte ainsi nos maux empirent. J'aime la paix, je hais l'ambition.
Pourquoi ce bruit qui toujours me réveille? Mon lit est fait ! Dans un songe flatteur J'y dors si bien sur l'une et l'autre oreille. Conservez-moi ! je suis conservateur.
Mon lit est fait! et ce n'est pas sans peine! Comme l'oiseau j'ai tressé brin à brin Plume, duvet, fil de soie et de laine, Et le voilà! je m'y repose enfin.
Vents, bercez-moi d'une aile fraîche et pure, Avec l'ombrage, avec le flot chanteur î Terre, et vous, cieux, et toute la nature. Conservez-moi ! je suis conservateur.
Mon lit est fait! je n'empêche personne De faire aussi le sien comme il l'entend. Tel n'en a pas, du moins je le soupçonne; Mais j'ai le mien, c'est le point important. Qu'on le dédouble, on en fera peut-être Trois, tout au plus, de moyenne hauteur ; Mais ce serait un acte bas et traître. Conservez-moi ! je suis conservateur.
UN BON CONSERVATEUR l8l
Tel qui descend, le matin, dans la rue Ne sait où prendre, hélas ! son pain du soir. La faim le presse, il cherche, il s'évertue ; Presque toujours il finit par l'avoir.
Oh ! l'appétit est un bon chien de chasse ! Moi, je n'ai plus celui d'un sénateur; Pourtant je dîne et prends ma demi-tasse. Conservez-moi ! je suis conservateur.
Mais quoi î j'entends comme un flot qui se lève. Comme une voix qui retentit dans l'air ! N'ai-je pas vu se mêler sur la grève La pâle écume avec le pâle éclair ?
Suis-je un rêveur, un rimeur, un poète? Non, non ; c'est bien, terrible en sa lenteur, De flots humains c'est bien une tempête ! Conservez -moi ! je suis conservateur.
Nos chefs, hélas! nos chefs n'ont rien su faire Que se voiler le front de leur manteau. Contre l'orage et le flot populaire Ils étaient seuls : rôle d'autant plus beau ! S'ils avaient su mourir pour notre gloire. Ils auraient eu mon vote approbateur, Et j'aurais, moi ! conservé leur mémoire. Conservez-moi! je suis conservateur.
Eh ! citoyens, écoutez-moi, de grâce !
Un petit mot, bien sage, par ma foi !
l82 POLITIQ.UE. REGRETS, ETC.
Mais, en riant, l'un après l'autre passe ; Je crois, parbleu ! qu'ils se moquent de moi. Bons citoyens, calmez votre furie ; Rentre en ton lit, torrent dévastateur ! Je cours à vous pour sauver la patrie, Conservez-moi ! je suis conservateur.