‹ Œuvres choisies;Chapitre 62 sur 194 · LE CHANT D'UN ÈGALÏTAÏKE · texte numérisé non relu

LE CHANT D'UN ÈGALÏTAÏKE

« Mort, sois mon bien ! » s'écriait un poète,

Qiii cependant gardait à son côté

Sa coupe d'or et, sur son cœur muette,

Lui souriant, une blanche beauté.

Moi, je contemple aussi le jour qui sombre,

Mais je n'ai point de bizarre transport ;

J'applique à tout même loi, même nombre:

Egalité, fraternité,... la mort !

l88 POLITIQUE. REGRETS, ETC.

Les amoureux nous vantent la nature, L'humide aurore, et le chant des oiseaux, Le nid tranquille et son toit de verdure, La Poésie errant au bord des eaux.

Moi, j'aime aussi, j'aime un oiseau dans l'ombre, Un bel oiseau qui chante haut et fort: Le rouge éclair à l'aile d'un feu sombre. Egalité, fraternité,... la mort!

« Semez le vent, répètent de faux sages : » Quelle récolte enrichira vos monts ?... » Bien! lève-toi, noire moisson d'orages!

C'est, justement, celle que nous aimons. Gais moissonneurs, à nous le champ du monde! Comme il ondoie et tombe sans effort.

Sous notre faux que la foudre seconde!

Egalité, fraternité,... la mort!

Qu'est-ce, au désert, que le chant du Cosaque

Auprès du nôtre, à tous les vents jeté!

Il prend sa lance, il arrive, il attaque ;

Mais nous, déjà, nous tenons la cité.

Dans ses jardins, moderne Babylone,

Elle s'enivre, et s'oublie, et s'endort.

Tous, levons-nous ! frappons-la sur son trône !

Egalité, fraternité,... la mort!

Disparaissez, monuments d'un autre âge ! Ne soyez plus que des lieux désolés Où le renard, curieux et sauvage, Se montre seul sur vos murs écroulés.

LE CHANT d'un ÉGALITAIRE 189

De salle en salle il erre, il se hasarde, Par la fenêtre, ouverte au vent du nord, Passe la tête, et longuement regarde.... Egalité, fraternité,... la mort !

Fraternité ! ton jour enfin se lève.

De quel rayon il éblouit l'éther !

Rayon de pourpre ; on dirait un long glaive D'où le sang coule et dégoutte dans l'air. Embrassons-nous! plus de pensers contraires, Etablissons l'universel accord !

Fraternisons en étouffant des frères!

Egalité, fraternité,... la mort!

La Liberté, dépouillant tous ses voiles. Se montre enfin belle et nue à nos yeux, Escaladant le palais des étoiles.

Frappant du pied sur le trône des cieux. Dernier tyran, qui de Saints et d'Apôtres Tiens là ta cour, tremble aussi dans ton fort ; Vieux roi du ciel, tombe comme les autres ! Egalité, fraternité,... la mort !

Courage, amis ! cette bastille immense.

Notre prison, l'univers vient en bas.

Courage, espoir ! le Chaos recommence, De la raison il affranchit les pas :

L'Esprit humain le couve de ses ailes; A notre image un nouveau monde en sort : Qu'on nous adore, et guerre aux Infidèles ! Egalité, fraternité,... la mort !

190 POLITIQ.UE. REGRETS, ETC.'

Tout est fini ! De l'un à l'autre pôle

Je ne vois plus qu'une grande Ombre et moi.

Elle a posé sa main sur mon épaule,

Son œil de glace est sans vie et sans foi.

Le jour qui brille à l'éternelle voûte

Me cherche en vain comme un lointain remord

L'Ombre me garde et lui ferme la route.

Egalité, fraternité,... la mort!

PAKDONNONS-NOUS

Dans la nuit, loin du port, loin des verts promontoires, Qiiand des flots, seul, l'éclair sonde la profondeur, Pour sauver le vaisseau l'un jette aux vagues noires Ses trésors, l'autre un mât, l'autre un canot sauveur ; ' Hélas ! moi, je ne puis y jeter qu'une fleur.

Est-ce trop tôt pour dire : Plus de haine. Plus de défis, plus d'injustes clameurs ? Non, non, j'en crois cet esprit qui m'entraîne Et qui demande à rapprocher les cœurs.

Vents ! soutenez, de vos ailes contraires. Mes chants de paix encor mal affermis ! Pardonnons-nous : plus de guerre entre frères ! Guerre aux seuls ennemis!

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