‹ Œuvres choisies;Chapitre 63 sur 194 · PARDONNONS-NOUS · texte numérisé non relu

PARDONNONS-NOUS

Tous nous avons, de fautes et d'injures, Tous une part à nous reprocher, tous!

Ah! c'est aux mains qui firent les blessures A leur verser le baume le plus doux.

Oublions-les, oublions nos colères.

Et soyons forts, l'un à l'autre soumis. Pardonnons-nous : plus de guerre entre frères! Guerre aux seuls ennemis!

Flots bouillonnants des discordes civiles. Sombre miroir où chacun, de son bord.

Ne voit sur l'autre, avec des yeux hostiles. Que des fronts noirs de vengeance et de mort ! Disparaissez, infernales chimères !

Viens, souffle pur et qui déjà frémis.... Pardonnons-nous : plus de guerre entre frères ! Guerre aux seuls ennemis !

De tous fléaux, l'orage, est-ce le pire? Son aile en feu couve le froid sillon ; La terre, alors, plus ardemment soupire Et devient mère au sein du tourbillon.

Mais il. lui faut des cieux, des vents prospères A cet enfant que l'orage a promis!

Pardonnons-nous : plus de guerre entre frères ! Guerre aux seuls ennemis!

Que le vainqueur n'outre pas sa victoire; Que le vaincu n'outre pas sa fierté;

192 POLITiaUE. REGRETS, ETC.

Ou nous dirons, peuple un jour sans mémoire : « Que sommes-nous, et qu'avons-nous été? » Ah ! la vengeance a des coupes amères, De lents poisons, d'âge en âge transmis. Pardonnons-nous : plus de guerre entre frères! Guerre aux seuls ennemis !

Quel avenir de bonheur et de gloire Si nous savons le garder de nos coups! Chemins où fuit une aile ardente et noire, De tous côtés fumant, volant vers nous; Monts jusqu'au ciel semés par des mains fières ; Et pour le pauvre un lot sûr et permis... Pardonnons-nous : plus de guerre entre frères! Guerre aux seuls ennemis!

Guerre à l'injuste, au mal, à l'ignorance, Aux oppresseurs et de l'âme et du corps ! Déjà, déjà cette guerre s'avance!

Préparons-nous, unissons nos efforts.

Pour ne pas voir, secoué par nos pères, L'antique joug à sa place remis.

Pardonnons-nous : plus de guerre entre frères! Guerre aux seuls ennemis !

Nous dont les champs se baignent dans ton onde, O bleu Léman, — nous, peuple cordial, Ah! que la paix nous revienne profonde Comme tes flots de Hquide cristal!

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