ET IN ARCADIA
Nous étions là, couchés dans l'herbe, Jeunes aiglons encore au nid.
Ayant pour notre front superbe Trône de fleur et de granit.
Nous rêvions tout, pleins d'espérance Notre regard, sondant l'éther.
Jetait à tout, en assurance.
Jeune sourire et jeune éclair.
Et nous parlions de toutes choses Comme d'un bien semé pour nous ; Tandis que les brouillards moroses Prenaient la cime par dessous.
Ils arrivaient, des gorges sombres Montant, poussés par le vent noir, Et nous lançaient déjà leurs ombres Que nous ne voulions pas les voir.
Enfin il fallut bien entendre Ce que disait leur triste voix !
Enfin il fallut bien descendre.
Et regagner le fond des bois !
Mais, hélas ! d'autres, de la cime, D'autres, plus mûrs ou plus troublés, Levant leurs ailes sur l'abîme.
Vers le ciel se sont envolés.
POLITiaUE. REGRETS, ETC.
Lehre a franchi le noir espace.
Il est au céleste jardin, Suivant, d'un pas que rien ne lasse.
Les monts où luit le jour sans fin.
Parmi les troupes infinies Qui forment le chœur immortel.
Se mêle aux jeunes harmonies Henri^ l'aimable ménestrel.
Et Monneron^ tout air, tout flammes.
Dont l'œil en haut toujours montait, A revu son pays des âmes. Qu'ici-bas même il habitait.
Mais nous, hélas ! loin de l'aurore, Rentrés sous le brouillard impur, A tâtons nous suivons encore De la terre le sentier dur.
Monnard^ en butte à la colère D'un peuple injuste, aveugle, errant, Laisse, vieux chêne séculaire.
Gronder à ses pieds le torrent.
Vulliemin fouille de nos pères Les tombeaux cachés sous nos pas.
Agassiz creuse les mystères D'un temps où l'homme n'était pas.