LES VIEUX CHÊNES
Chantons, amis, chantons sous les vieux chênes Le souvenir des beaux jours envolés.
Autour de nous, sur la terre durcie, Tombent déjà, du premier froid des ans, Jeunesse, gloire, avenir, poésie.
Rameaux de fruits à peines mûrissants.
Le vent d'hiver sèmera-t-il leurs graines? Nous verrons-nous en eux renouvelés ?
Chantons, amis, chantons sous les vieux chênes Le souvenir des beaux jours envolés.
Perçant la brume où les chênes confondent, Vieux compagnons, leurs vieux bras fatigués, Des cris jaloux sourdement se répondent, Voix de corbeaux dans le brouillard ligués. L'aigle retourne à ses hauteurs sereines ; L'oiseau se tait dans les bois dépeuplés.
Chantons, amis, chantons sous les vieux chênes Le souvenir des beaux jours envolés.
Nous avons pris l'aile de l'espérance Pour retomber à l'horizon qui fuit ; Nous avons eu notre part de souffrance, Notre nuage avant d'avoir la nuit; Et, dans la lutte, au sable des arènes. Nos derniers pas sont déjà nivelés.
Chantons, amis, chantons sous les vieux chênes Le souvenir des beaux jours envolés.
212 TRISTESSES ET REVERIES
Rien n'est propice à qui ne sacrifie
Aux nouveaux dieux, ivres de l'encensoir;
Sous notre pied, qui déjà se défie,
Rien ne grandit que les ombres du soir.
Avant d'entrer dans les pâles domaines
Du noir faucheur dont nous sommes les blés,
Chantons, amis, chantons sous les vieux chênes Le souvenir des beaux jours envolés.