PROMENADE DE NUIT
L'air, qui s'embaume, effeuille l'églantine, Un astre pur nous voit et nous conduit.
De la forêt, qui vient de s'animer, Sort une voie mystérieuse et tendre; Le ciel vers nous semble prêt à descendre, Le ciel nous dit aussi de nous aimer.
Pour qui nos chants, pour qui, répondez-moi, S'élèvent-ils, pendant la nuit sereine?
Oii s'en vont-ils, quand le vent les entraîne ? Reine des monts et des lacs, c'est vers toi !
Etait-ce toi, reine des lacs si doux.
Que sur les flots nous avons aperçue !.... Mais tu t'enfuis, comme une blanche nue; Fille des monts, viens encore! viens vers nous
O nuit pensive! Amitié î doux instants! De la Patrie ombre mystérieuse!
Songes portés par la brise amoureuse!
Elans de l'âme ! ô Jeunesse ! ô Printemps !
Je voudrais vivre au bois comme un oiseau. Comme une fleur coucher dans la prairie. Et m'endormir, mêlant ma rêverie Aux mots confus, chantés par le ruisseau.
A flots légers, sous l'ombrage incertain. S'écoule encore un murmure de vie, Faible soupir, rêveuse mélodie.
Que seule entend l'étoile du matin.
TRISTESSES ET REVERIES
LXS VIEUX CHÊNDGS
L'ombre du chêne à ces landes arides
Tient lieu de source, et d'herbe, et de printemps.
Là, de nos fronts pour détendre les rides.
Ensemble, amis, rêvons quelque instants.
De nos matins les plus fraîches haleines
Semblent renaître en nos cœurs accablés.
Chantons, amis, chantons sous les vieux chênes. Le souvenir des beaux jours envolés.
Du souvenir les cloches argentines Font dans notre âme un murmure tremblant ; Sur le roc sombre ainsi les églantines. Filles des monts, jettent leur voile blanc. J'aime, la nuit, le babil des fontaines ; J'aime un bruit vague aux endroits désolés.
Chantons, amis, chantons sous les vieux chênes, Le souvenir des beaux jours envolés.
Songes d'azur, qui, planant sur nos fêtes,
Y répandiez comme un souffle enchanté.
Vous avez fui, découronnant nos têtes,
Printemps en fleur par l'orage emporté !
Mais dans les airs, mais dans les voix lointaines.
N'est-ce pas vous qui tout bas appelez?