‹ Œuvres choisies;Chapitre 79 sur 194 · LES VIVANTS · texte numérisé non relu

LES VIVANTS

Ils n'ont plus rien qui les soucie,

Heureux les morts !

Ils n'ont plus le poids de la vie.

Le poids du jour, le poids du corps.

Le ver les ronge, et non l'envie.

Heureux les morts !

Ils n'ont plus ni lutte, ni transe ; Ils ne prennent plus l'apparence, Les beaux semblants, les faux dehors, Une ombre, un rien pour l'espérance.

Heureux les morts !

Rangés dans leur lit solitaire.

Sous nos pieds qui foulent la terre

214 TRISTESSES ET REVERIES

Et rébranlent de vains discords, Ils dorment d'un sommeil de pierre.

Heureux les morts !

Il ne sort jamais de leur bouche Un cri, suivi d'un ris farouche :

Ils n'ont ni regrets, ni remords; Ils ne pleurent pas sur leur couche.

Heureux les morts !

Ils en ont fini de l'orage ; Ils n'ont plus ni peur, ni courage ; Ils ne cherchent plus d'autres ports; Ils ont fait leur dernier naufrage.

Heureux les morts !

Ils sont une algue sur la grève, La feuille à qui le vent fait trêve, Même poudre, faibles ou forts; Ils sont moins qu'un souffle et qu'un rêve. Heureux les morts !

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