‹ Œuvres choisies;Chapitre 80 sur 194 · LA CHANSON DES VIVANTS ET DES MORTS · texte numérisé non relu

LA CHANSON DES VIVANTS ET DES MORTS

L'air qui circule en vos poitrines, Du jour les ondes purpurines, Ces flots de vie où vous buvez, Tout s'éteindra sur nos collines, Vous qui vivez!

Nous n'avons plus de l'existence Qu'un sentiment sans consistance, Et pourtant vers les biens rêvés Ce semblant d'être encor s'élance.

Vous qui vivez!

Le regret du jour nous dévore ; Nous soupirons après l'aurore, Qui ne vient pas, que vous avez, Ou qui pour vous peut luire encore, Vous qui vivez!

De rien la mort ne nous délivre.

L'amer dégoût qui vous enivre.

Cette mort que vous poursuivez.

N'est qu'un plus grand désir de vivre, Vous qui vivez !

Sentir en soi l'inextinguible.

Et de la vie, inaccessible, N'être pourtant plus abreuvés.

Voilà la mort, et le terrible.

Vous qui vivez!

Vivez de votre dernier rêve.

Vous qui vivez!

2l6 TRISTESSES ET REVERIES

Le flot de vos cœurs vous soulève, Mais, ô mortels, vous ne savez Combien noire est la noire grève, Vous qui vivez!

Page 1