CHANSONS HELVÉTIQUES
(Pour la Société de bienfaisance à Paris.)
Quand nous étions jeunes sur la montagne, Quel horizon s'étalait à nos yeux!
Et, dans les airs, quels châteaux en Espagne! Rêves d'azur, ou même d'un peu mieux.
D'azur ou d'or, de fumée ou de flamme. Sont-ils tombés au souffle des autans ? Restons, du moins, jeunes de cœur et d'âme, Soyons amis comme on l'est à vingt ans.
CHANTS NATIONAUX
Eût-il d'ailleurs trouvé des cieux prospères, L'enfant des monts rêve aux lointains sommets ; L'adieu qu'il fit au pays de ses pères Lui laisse au cœur un écho pour jamais ; Comme celui qui, d'étage en étage.
Vibre aux parois des rochers palpitants. Eveillez-vous, vieux échos du jeune âge! Soyons amis comme on l'est à vingt ans.
Nous avons pris, en quittant la montagne, A tous les vents, chacun notre chemin : L'un, le front haut, que l'étoile accompagne. L'autre, courbé, le bâton à la main.
Plus d'un, hélas! blême, la marche lourde. Déjà s'affaisse et tombe par instants.
Approchons-nous, tendons-lui notre gourde. Soyons amis comme on l'est à vingt ans.
Qu'ils soient du sort ou d'eux-mêmes victimes,
Réconfortons nos frères voyageurs.
Et nous croirons être encor sur les cimes,
Foulant les airs, la rosée et les fleurs ;
Et des rochers la haute galerie.
L'orgue de pierre aux tuyaux éclatants,
Nous renverra l'hymne de la patrie.
Nos chants d'amis, comme on chante à vingt ans.
(Pour la même société.)
Pays des monts et des libres pensées.
Pays des lacs au cristal pur et clair,
CHANSONS HELVÉTiaUES
N'est-ce pas toi, sur nos mains enlacées, Qui fais courir un sympathique éclair?
Dans tous ces yeux j'ai de toi quelque image, Je t'y revois comme dans un miroir.
Pays des monts, sur un autre rivage, Dans l'œil d'un frère il est doux de te voir.
Pays des monts, si jamais je t'oublie, C'est qu'avant toi tout en moi s'oublîrait. Quand mille maux m'auraient versé leur lie. De te revoir me les adoucirait.
Vieux souvenirs, c'est toi qui les ranimes. Auprès d'amis quand je reviens m'asseoir. Pays des monts, pays des hautes cimes.
Dans l'œil d'un frère il est doux de te voir.
Mais voyez-vous, battu des vents contraires, Cet homme errant sans travail et sans pain? Ses yeux aussi, car c'est un de nos frères, Rêvent aux lacs, aux grands bois de sapin. Ah ! tendons-lui notre main fraternelle î Aidé, guidé, qu'il renaisse à l'espoir!
Pays des monts, qu'à nôs cœurs il rappelle. Dans l'œil d'un frère il est doux de te voir.
(Pour la Société d'Harmonie.) CHANT DU RETOUR
Au vallon qui penche Et qui tourne un peu.
CHANTS NATIONAUX
Une cime blanche, Un coin de lac bleu !
La voilà! c'est elle Qui nous rit déjà, La mère fidèle, La terre si belle Que Dieu nous donna,
La voilà!
La voilà !
Heureuse et douce rive, Nous que le sort en exila, D'un gai qui- vive.
Saluons-la !
La voilà!
La voilà!
O toi qui t'élèves Libre dans les airs.
Pays de nos rêves.
Rêve des cœurs fiers.
Citadelle sainte.
Nous revenons dans ton enceinte Respirer l'air pur De ton haut azur.
Souffle sauvage
Des monts, des bois,
Vent de l'alpage,
Enflez nos voix !
CHANSONS HELVÉTIQ.UES
Qu'ainsi nos chants aient de Faîtière cime
La majesté !
Qu'ainsi nos voix en aient l'écho sublime
De liberté!
Et quand, plus doux, notre chant se repose, Qu'il reste pur, comme aux flancs du rocher L'alpestre rose, Que nulle main ne peut toucher !
Sur la montagne à la robe fleurie.
Comme autrefois, venez! asseyons-nous.
Ainsi, le soir, une mère chérie Tient ses enfants sur ses genoux.
Oh! qu'il est doux de te revoir, ô mère Qui nous portas sur ton sein libre et fort. Qui nous soutins sur la terre étrangère Contre l'orage et les luttes du sort!
Oh! qu'il est doux, au chalet, sous l'érable. De retrouver mieux que ton souvenir, Ta vraie image, et grande et vénérable, Et fière et tendre, et prête à nous bénir!
Nous te voyons, nous reprenons la place Que l'on nous garde au banquet fraternel. Frères et sœurs, père, mère, on s'embrasse. Oh! qu'il est doux d'être là sous ton ciel !
Le plus beau voyage Est vers ton rivage,
CHANTS NATIONAUX
Le plus doux espoir Est de s'y rasseoir.
La voilà! c'est elle, La mère fidèle, La terre si belle Que Dieu nous donna.
La voilà !
La voilà!