‹ Œuvres choisies;Chapitre 82 sur 194 · A MON AMI S.-B · texte numérisé non relu

A MON AMI S.-B

Que ne puis-je moi-même, oh ! sur votre blessure,

Ami cher et souffrant, Verser en amitié quelques gouttes d'eau pure

Ou de baume odorant!

Du moins, de ce printemps que nous vîmes ensemble

Et qui fuit avec vous.

Laissez-moi vous passer, rameau de fleurs qui tremble,

L'espoir mobile et doux.

Le lac ému, sans bruit, d'haleines matinales,

Chante comme un oiseau.

L'âme à ces jeux se laisse aller par intervalles,

Aller comme un roseau.

La neige sur les monts n'est plus qu'un fier sourire

Pour braver le soleil.

Et les pics, dans l'azur où tout nuage expire.

Lèvent un front vermeil.

Bientôt l'ombre et le soir changent tout en fantômes

Au dehors, au dedans; Mais la nuit se fatigue à remonter les dômes

Des vastes cieux ardents.

Et son dernier élan ne sert qu'à faire luire

L'étoile du matin, Oîi vous irez un jour, laissant le monde bruire,

Aimer, aimer enfin.

TRISTESSES ET RÊVERIES

SONNET

Gémir, crier, pleurer comme on pleure au bel âge, Comme un ciel de printemps verse l'ondée en fleur ; Debout, cheveux aux vents, affronter sur la plage La vague qui répond aux flots grondants du cœur ;

Défier les torrents; dire : « Viens! » à l'orage; Accueillir de l'éclair la sinistre pâleur, Et sonder du regard, avec un ris sauvage, L'abîme où le néant dort dans la profondeur :

Tout cela, ce n'est rien : ce n'est que la jeunesse.

Chimère, fantaisie, idéal, volupté!

Mais voir autour de soi que l'horizon s'abaisse,

Que froidement il clôt son cercle redouté :

Voilà l'heure fatale, et l'amère tristesse !

On sent que le ciel tombe, et l'on n'est pas monté.

SONNET

SONNET

Quand vous serez un jour bien lasse, et que la vie Vous paraîtra de plomb ; quand vous vous assiérez, Ne voulant plus rien voir, n'ayant plus même envie Ni de l'air frais des eaux, ni de la fleur des prés ;

Quand vous direz : Je fus conime un autre ravie Du grand spectacle offert à nos yeux enivrés. Je m'élançai, mais rien, hélas 1 ne m'a suivie, Rien que l'ombre où je vais m' enfonçant par degrés

Oh ! parmi le brouillard et la froide tempête, Qui peut voiler l'azur, mais ne l'atteint jamais, — Pour respirer encor l'air des divins sommets.

Pour rentrer dans le chœur de l'éternelle fête.

Pour reprendre courage et relever la tête.

Pensez aux jours heureux que vous nous avez faits.

Paris, 1845.

TRISTESSES ET REVERIES

LA KECKEKCHE

Je m'en allais triste et dolent, La voix de mon cœur me parlant, Cherchant toujours, toujours allant...

Mes pas, mes pas S'en vont toujours, n'arrivent pas!

Je regardais, sombre ou dormante, La mer humaine et sa tourmente.

Soit qu'elle rie ou se lamente...

Mes yeux, mes yeux.

Quand verront-ils ce que je veux!

Oh ! la beauté ! lis de blancheur ; Œil du matin dans sa fraîcheur ; Premier printemps, première fleur!...

Mes pas, mes pas S'en vont toujours, n'arrivent pas.

Elle sourit, et sur sa trace Tout est rayon, sourire et grâce, Eclair charmant... qu'un souffle efface!...

Mes yeux, mes yeux, Quand verront-ils ce que je veux!

Sur les plus hauts des pics déserts Je suis monté, mais dans les airs Montent toujours les cieux ouverts...

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