LA BARQ.UE DU BONHEUR
LA BAKQUL DU BONHEUK
La lune glisse sur les ondes ; ~ Elle y fait un grand fleuve d'or.
Un bateau suit ces vagues blondes, Et les fend d'un paisible essor.
Qui porte-t-il?... à qui sa voile?...
Quels sont les heureux pèlerins Voguant ainsi, sous leur étoile, A la clarté des cieux sereins ?
Est-ce un poète, dont la Muse, En son amour capricieux.
Ne vient le voir, chaste et confuse.
Que sur les flots silencieux?
Ou bien serait-ce de la vie Les plus fortunés voyageurs :
Un beau couple, qui fait envie, Qui rend les vieillards tout songeurs
Heureux amants ! elle est assise Près de son époux enivré.
Ses cheveux flottent à la brise.
Aussi blonds que le flot doré !
TRISTESSES ET RÊVEKIES
Ils roulent sur un cou d'albâtre.
Et lui, jaloux de son trésor, Il les dispute au vent folâtre, Qui les dérange moins encor.
Elle l'arrête d'un sourire" Plus doux que le rayon des nuits ; Ils se disent tout sans rien dire. Et joie immense et courts ennuis.
L'onde les berce avec tendresse; Leurs mains se joignent sans détour, Et le flot vers le flot se presse, Moins que leurs cœurs gonflés d'amour
Ainsi, là-bas, sur l'eau brillante, C'est donc la barque du bonheur, Sur cette bande étincelante...
Non; c'est la barque du pêcheur.
Pauvre barque à demi fêlée.
Vieil habit rapiécé cent fois; Pauvre pêcheur, âme accablée.
Corps fatigué d'obscurs exploits.
Que lui fait l'onde qui scintille?
Cet argent-là lui sourit peu :
Il lui faut nourrir sa famille ; Vivre, pour lui, n'est pas un jeu.
m XLAIR DE LUNE 233
Que lui fait le rayon limpide Qui danse sur le lac serein ?
Il ne voit que son filet vide, Et jure seul en son chagrin.
Un soir d'hiver, soir de tempête, Son fils ne s'est plus retrouvé.
Il en secoue encor la tête.
Tout son bonheur, il l'a rêvé î
Ainsi, dans la nuit de ce monde, Même sous un ciel tout en fleur, La barque humaine errant sur l'onde N'est point la barque du bonheur.