‹ Œuvres choisies;Chapitre 85 sur 194 · LE PÈRE ET SON FILS · texte numérisé non relu

LE PÈRE ET SON FILS

— Le vent de glace M'a pris soudain.

Adieu! je passe Au noir jardin.

A toi, demain!

Triste et folâtre, Dans les prés verts, J'aime du pâtre Les anciens airs; Et l'alouette, Et le grillon ; Et répinette Du moucheron; Même la basse, Que rien ne lasse, Du gros bourdon.

LE PÈRE ET SON riLS

Mange bien, disait un bon père A son fils, bambin de trois ans :

Mange bien, grandis et prospère.

Le jeûne est pour les pauvres gens.

J'ai cinq veaux gras dans mon étable.

Un agneau ne me coûte rien ; Le pain, le vin sont sur la table; Mange bien.

230 TRISTESSES ET RÊVERIES

L'âge vint d'entrer à l'école :

On doit, dit le père à l'enfant, Apprendre, en ce si'ècle frivole.

Ce qu'il permet, ce qu'il défend.

Lis ; écris ; meuble-toi la tête; Qu'elle serve à ton entretien !

Il ne faut pas être une bête.

Mange bien.

L'enfant grandit ; ce fut un homme Fais ton choix, dit le père encor ; Mais ne donne jamais la pomme A ce qui brille et n'est pas or.

Laisse les chimères à d'autres ; Garde-toi d'y fourrer du tien !

Nous ne sommes pas des apôtres.

Mange bien.

Un jour le fils mourut, le père Suivit, étouffé de chagrin.

On les mit dans la même bière; Les parents firent un festin...

Dieu visita la fosse impure ; Mais, n'y trouvant pas son bien, Il dit au ver, sa créature :

Mange bien.

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