LE CLAIR DE LUNE
Ils ont, durant les nuits pensives, Ses blancs rayons pour blancs linceuls.
Et sur le lac, joignant les rives, Son chemin d'or, fait pour eux seuls.
Amis, parents, mon fils, mon père, Celle qui les reçut ici.
Du pauvre enfant seconde mère.
Et que mes yeux pleurent aussi ;
Une autre encor, non moins absente De son hospitalier manoir, A la lumière blanchissante, M'apparaissent ainsi le soir.
Ils me regardent, ils me disent
Ce que la mort ne peut ravir;
Et dans leurs yeux mouillés qui luisent,
Je sens mon printemps reverdir.
Sur la grève ou sur la montagne, A leurs côtés je vais m'asseoir ; Mon doux enfant les accompagne.
Et bat des mains de me revoir.
Il découvre des fleurs si belles!
Il les rapporte triomphant, Et me les montre, puis à celles Qui l'accueillirent tout enfant.
TRISTESSES ET RÊVERIES
Elles répondent d'un sourire Dont les cieux sont tout éclairés, Comme au jour qui viendra nous dire « Vous ne serez plus séparés. »
Et ce sourire, aube divine.
Courant dans les airs argentés.
Glisse de colline en colline Jusqu'à ceux qu'elles ont quittés.
Mon père les suit en silence D'un œil serein et cordial.
Leur troupe ainsi monte et s'élance, Nous saluant du haut du val.
Et là, des cimes vaporeuses, Prenant le lumineux chemin Qui mène aux plages bienheureuses, Ils s'en vont, se donnant la main.
La lune alors, l'antique fée.
Relève un front plus indulgent.
Je l'aime encor ainsi coiffée Avec ses longs cheveux d'argent.
Elle me semble aussi renaître.
Comme moi, d'un passé lointain, Et, comme moi, se reconnaître Aux lieux qu'elle a vus le matin.