‹ Œuvres choisies;Chapitre 94 sur 194 · LA TROMPEUSE · texte numérisé non relu

LA TROMPEUSE

Regards en haut, tête levée, D'un libre élan, presque un peu fol, On eût cru voir, partant du sol, Deux oiseaux de même couvée.

De même vol.

Elle devint ma tourterelle, Nous eûmes un nid bien couvert, Des œufs d'azur mêlé de vert Qui, sous notre aile, ouvraient leur aile Au ciel ouvert.

Que de chansons, que de beaux rêves Pour eux nous fîmes dans les bois !

Cent feuilles jasant à la fois, Cent petits flots courant les grèves Ont moins de voix.

Gais oisillons, troupe affamée.

Et ceux aussi de nos cerveaux, Songes passés, songes nouveaux.

Tous voletaient sous la ramée.

Par monts et vaux.

Puis tous, hélas! l'un après l'autre.

Ou furent pris par l'oiseleur Qui ne respecte oiseau ni fleur, Ou loin du nid, quittant le nôtre, Firent le leur.

TRISTESSES ET RÊVERIES

Et dans le bois, déjà plus sombre, Nous nous trouvâmes seuls, un soir Que les troncs nus laissaient mieux voir Rôdant aussi pour nous dans l'ombre L'oiseleur noir.

Oiseaux et feuilles s'envolèrent, Rêves, projets, vagues tableaux, Brisant leur œuf sans être éclos.

Et nos yeux même se troublèrent Comme les flots.

Et mon Aurore, ma compagne.

Où donc son pied si diligent ?

Où ses cheveux d'un or changeant?

Sur l'autre flanc de la montagne Ils sont d'argent.

Ma tourterelle, ma colombe.

Voyant, à l'heure où tout brunit, Dans quel ravin le bois finit, Pour se poser cherche une tombe.

Son dernier nid.

« Oh ! lui dis-je, non moins morose : Belle chanteuse aux beaux discours, Oh ! qu'as-tu fait de nos amours ?

Rends-moi, trompeuse aux doigts de rose, D'autres beaux jours ! »

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