‹ Œuvres choisies;Chapitre 93 sur 194 · LA TROMPEUSE · texte numérisé non relu

LA TROMPEUSE

Elle est sourire à son lever,

A son midi, soleil et flamme ;

Elle nous laisse tout rêver,

Nous donne tout, au moins dans l'âme.

Puis son feu l)aisse tout à coup, Il n'a que des éclairs plus rares, Comme on voit, entre chien et loup.

Au foyer des lueurs bizarres.

Ainsi le jour, quand il s'enfuit. Brille encore au dôme céleste.

Puis il s'éclipse dans la nuit ; Le rose s'en va, le noir reste.

LA TKOMPEUS£

Nous nous aimions dès notre enfance Je ne voyais que par ses yeux :

Riait-elle ? j'étais joyeux.

Ou, qu'on lui fît la moindre offense, Tout sourcilleux.

Quand, du plus loin qu'il me souvienne. Je lui disais, aveu naissant :

« Je serai tien ! » elle, dansant, Me répondait : « Je serai tienne ! »

En rougissant.

TRISTESSES ET REVERIES

Elle ressemblait à l'aurore, Qui, sortant de son frais sommeil, L'œil entr'ouvert, le front vermeil.

En s'éveillant, à tout encore Donne l'éveil.

Elle en avait la blancheur rose, Les cheveux d'or, livrés au vent.

Qui les divise par devant Et sur le cou va, quand il l'ose.

Les soulevant.

« Viens avec moi, viens ! me dit-elle D'un son de voix clair, argentin.

C'est le printemps, c'est le matin, Le jour est pur, la vie est belle, Le soir lointain.

» Viens! l'horizon déjà s'allume.

Moi, je suivrai fort bien tes pas.

Mon petit pied n'est jamais las.

Et je ne pèse qu'une plume.

Même à ton bras. »

Nous aimant donc d'amour profonde, Insoucieux du lendemain, N'ayant d'appui que notre main.

Nous prîmes, à travers le monde, Notre chemin.

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