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L. FEUERBACH ET LA FIN DE LA PHIL. CLASSIQUE ALLEMANDE

donne lui-même en secret ; et par idéalisme, il entend la foi en la vertu, en l'humanité et, en général, en un « monde meilleur », dont il fait parade devant les autres, mais auxquels il ne croit lui-même que tant qu'il s'agit de traverser la période de malaise ou de crise qui suit nécessairement ses « excès matérialistes » coutumiers et qu'il va répétant en outre son refrain préféré : « Qu'est-ce que l'homme ? Moitié bête, moitié ange ! »

D'ailleurs, Starcke se donne beaucoup de mal pour défendre Feuerbach contre les attaques et les préceptes des chargés de cours qui foisonnent actuellement en Allemagne sous le nom de philosophes. C'est certainement important pour ceux qui s'intéressent à ces rejetons de la philosophie classique allemande; cela pouvait sembler nécessaire à Starcke lui-même. Nous en ferons grâce à nos lecteurs.

Le véritable idéalisme de Feuerbach apparaît dès que nous en arrivons à sa philosophie de la religion et à son éthique. Il ne veut nullement supprimer la religion, il veut la perfectionner. La philosophie elle-même doit se fondre dans la religion.

« Les périodes de l'humanité ne se distinguent que par des changements d'ordre religieux. Il n'y a de mouvements historiques profonds que ceux qui vont jusqu'au cœur humain. Le cœur n'est pas une forme de la religion, celle-ci ayant aussi sa place dans le cœur ; il est l'essence de la religion » (cité par Starcke, page 168).

La religion est, d'après Feuerbach, le rapport sentimental d'homme à homme qui, jusqu'ici, cherchait sa vérité dans un reflet fantastique de la réalité — dans l'intervention d'un ou de nombreux dieux, reflets fantastiques de qualités humaines — mais la trouve maintenant directement et sans intermédiaire dans l'amour entre toi et moi. Et c'est ainsi que l'amour sexuel devient, en fin de compte, chez Feuerbach, l'une des formes les plus élevées, sinon la plus élevée, de l'exercice de sa nouvelle religion.

Mais les rapports sentimentaux entre les hommes et notamment les rapports entre les deux sexes ont existé depuis que les hommes existent. L'amour sexuel, spécialement, s'est développé

au cours des huit derniers siècles et a conquis une place qui en a fait, au cours de cette période, le pivot obligatoire de toute poésie. Les religions positives existantes se sont contentées de donner leur consécration suprême à la réglementation par l'Etat de l'amour sexuel, c'est-à-dire à la législation du mariage et elles peuvent disparaître toutes demain sans que la moindre chose soit changée à la pratique de l'amour et de l'amitié. C'est ainsi que la religion chrétienne avait en fait si bien disparu en France de 1793 à 1798 que Napoléon lui-même ne put la réintroduire sans résistance et sans difficultés, et dans l'intervalle nul besoin ne s'est fait sentir d'un équivalent dans le sens de Feuerbach.

L'idéalisme consiste ici chez Feuerbach à considérer les rapports entre les hommes basés sur une inclination mutuelle tels que l'amour, l'amitié, la pitié, l'abnégation, etc., non pas simplement tels qu'ils sont par eux-mêmes, sans ressouvenir à une religion particulière qui appartient pour lui aussi au passé ; mais au contraire, à prétendre qu'ils n'atteignent leur pleine valeur que dès qu'on leur donne une consécration suprême au moyen du nom de religion. L'essentiel pour lui n'est pas que ces rapports purement humains existent, mais qu'ils soient interprétés comme la religion nouvelle, véritable. Ils ne doivent avoir pleine valeur que lorsqu'ils ont reçu le sceau religieux. Religion provient du mot latin religare [lier] et signifie primitivement liaison. Par conséquent, toute liaison entre hommes est une religion. Ce sont de pareils tours de passe-passe étymologiques qui constituent le dernier expédient de la philosophie idéaliste. Ce qui doit prévaloir, ce n'est pas ce que le mot signifie d'après le développement historique de son emploi réel, mais ce qu'il devrait signifier d'après son origine étymologique. Et c'est ainsi que l'amour sexuel et l'union sexuelle sont élevés à la hauteur d'une « religion », afin que le mot religion, cher au souvenir idéaliste, ne s'avise pas de disparaître de la langue. C'est exactement ainsi que s'exprimaient, au cours de 1840 à 1850, les réformistes parisiens de la tendance Louis Blanc, qui ne pouvaient se représenter un homme sans religion que comme un monstre, et nous disaient : « Donc, l'athéisme, c'est votre religion! ! » Lorsque Feuerbach veut établir la vraie religion sur la base

En français dans le texte. (N.R.)

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