‹ Œuvres choisies; La Fille de RolandChapitre 110 sur 387 · SCÈNE II HILDIGA, seule · texte numérisé non relu

SCÈNE II HILDIGA, seule

Il va venir, Attila ! Le festin ne peut le retenir Plus longtemps, et bientôt avec lui renfermée...

Un couteau, seulement un couteau ! Désarmée !

J'appartiens à ce monstre ! Anges qui m'écoutez, Il ouvrirait pour moi ses bras ensanglantés 1 0 faiblesse du corps l 0 frêle main de femme Qui ne suffit pas seule au service de l'âme ! Ne pouvoir si je veux fuir un suprême affront, Ne pouvoir, que briser sur la terre mon front ! — Me tuer?... Lui vivra cependant, si j'expire, Dans les prospérités de son hideux empire ; Il vivra fier, fatal, craint éternellement,

L'assassin de Walter... Un couteau seulement! — Pas une arme ! Cherchons ici...

(Elle parcourt la chambre d'un pas rapide.)

Rien ! De la soie

Et de la pourpre! Rien! Le tigre tient sa proie.

Je veux trouver pourtant ! Cherchons, cherchons encor.

(Elle cherche avec les mains sur les tentures, puis va vers la chambre

du fond.)

Ici... peut-être!

(Revenant.)

Ah!

(Elle s'éloigne avec un geste d'horreur et de dégoût.)

Rien!... 0 vengeance! 0 devoir!

0 Walter, cher martyr ! Il n'est donc plus d'espoir ?

C'est ma faute : j'ai mis mon espoir en moi seule,

Comme le grain de blé qui, broyé sous la meule,

Pour soulever ce poids se croirait assez fort !

Pardonnez-moi, mon Dieu : mon orgueil avait tort ;

Je ne peux rien sans vous, c'est vers vous que je crie ;

Seigneur, armez ma main frémissante et meurtrie,

Et de l'humble victime abattue à moitié,

Dieu juste, Dieu clément, prenez enfin pitié !

(Gérontia entre rapidement par la porte de gauche, regardant derrière elle comme craignant d'être vue )

Page 1