SCÈNE II HILDIGA, seule
Il va venir, Attila ! Le festin ne peut le retenir Plus longtemps, et bientôt avec lui renfermée...
Un couteau, seulement un couteau ! Désarmée !
J'appartiens à ce monstre ! Anges qui m'écoutez, Il ouvrirait pour moi ses bras ensanglantés 1 0 faiblesse du corps l 0 frêle main de femme Qui ne suffit pas seule au service de l'âme ! Ne pouvoir si je veux fuir un suprême affront, Ne pouvoir, que briser sur la terre mon front ! — Me tuer?... Lui vivra cependant, si j'expire, Dans les prospérités de son hideux empire ; Il vivra fier, fatal, craint éternellement,
L'assassin de Walter... Un couteau seulement! — Pas une arme ! Cherchons ici...
(Elle parcourt la chambre d'un pas rapide.)
Rien ! De la soie
Et de la pourpre! Rien! Le tigre tient sa proie.
Je veux trouver pourtant ! Cherchons, cherchons encor.
(Elle cherche avec les mains sur les tentures, puis va vers la chambre
du fond.)
Ici... peut-être!
(Revenant.)
Ah!
(Elle s'éloigne avec un geste d'horreur et de dégoût.)
Rien!... 0 vengeance! 0 devoir!
0 Walter, cher martyr ! Il n'est donc plus d'espoir ?
C'est ma faute : j'ai mis mon espoir en moi seule,
Comme le grain de blé qui, broyé sous la meule,
Pour soulever ce poids se croirait assez fort !
Pardonnez-moi, mon Dieu : mon orgueil avait tort ;
Je ne peux rien sans vous, c'est vers vous que je crie ;
Seigneur, armez ma main frémissante et meurtrie,
Et de l'humble victime abattue à moitié,
Dieu juste, Dieu clément, prenez enfin pitié !
(Gérontia entre rapidement par la porte de gauche, regardant derrière elle comme craignant d'être vue )