ACTE QUATRIÈME
Dans l'ombre ; je Fai cru du moins. — Maintenant, reine, Prends garde que trop tôt ton espoir ne t'entraîne ; La hache que j'apporte, à ton tour cache-la Jusqu'au moment propice.
I1ILDIGA
Oui, ma sœur.
GÉRONTIA
Où donc?
HILDIGA, montrant la chambre du fond.
Là,
Au pied du lit royal où m'attendait la honte !
(Gérontia entre dans la chambre du fond, et y place la hache à l'endroit qu'Hildiga lui désigne du geste.)
GÉRONTIA, revenant.
Tout est bien. Maintenant, ainsi que toi je compte, Sur ton courage ; mais à ce sanglant péril, A ce rude travail, ton bras suffîra-t-il ?
HILDIGA
Enfant, j'ai vu souvent, dans nos forêts lointaines, Les bûcherons gaulois ouvrir le cœur des chênes ; Je ferai comme ils font, pour savoir à coup sûr Si le cœur d'Attila plus que le chêne est dur !
Bien ! défends ton honneur et ta gloire et ta vie ; Mais le coup que tu vas frapper, je te l'envie ; Tu vas frapper au nom des puissants d'ici-bas, Des rois du monde ancien vaincus dans cent combats ; Tu résumes en toi ces hautes infortunes; Je représente, moi, les misères communes, L'humble peuple sans nom, sans aïeux, sans foyers, Un million d'humains par Attila broyés, Holocauste effroyable, hécatombe vivante, Que la mort seule arrache à sa morne épouvante! — Peut-être que bientôt, quel que soit le danger, Ici même, Hildiga, je pourrai les venger;
100 LES.1NOCES DATTILA
Joignons donc, une fois la lutte commencée, Nos efforts différents dans la même pensée; Venge les rois, c'est bien; mais ma part, je la veux; En frappant, songe au peuple aussi, frappe pour deux ! Frappe, reine Hildiga ! si le ciel nous seconde, Deux femmes suffiront à délivrer le monde ! Adieu donc, quelqu'un vient, je te laisse, il le faut.
HILDIGA
Est-ce Attila?
GÉRONTIA
Non, non, c'est Ellak. A bientôt !
(Elle se relire au fond, et sort après l'entrée d'Ellak.)