‹ Œuvres choisies; La Fille de RolandChapitre 114 sur 387 · SCÈNE V ELLAK, ATTILA · texte numérisé non relu

SCÈNE V ELLAK, ATTILA

ELLAK

Oui, c'est monpère...

ATTILA

Hernock ! D'où vient qu'à cette place Je te vois à cette heure? Une pareille audace...

ELLAK

Mon père, écoute-moi. Tu m'as toujours trouvé Fils docile et soumis...

ATTILA

C'est vrai. Tu m'as prouvé Qu'un fils peut racheter le crime de sa mère.

ELLAK

Alors, daigne à présent m'écouter sans colère: Une femme est ici, le désespoir au cœur, Frissonnante, attendant l'implacable vainqueur...

ATTILA

Ellak, prends garde à toi!

ELLAK

Non, je remplis ma tâche ; Mon silence serait coupable autant que lâche : En la servant, c'est toi que je sers ; je me mets Entre vous pour sauver l'un de l'autre à jamais ; Oui, la reine Hildiga, crois-moi quand je te crie : Rends -lui la liberté, son père, sa patrie; Le sang est entre vous. N'attends pas un instant!

ATTILA

Es-tu fou? Suis-je fou moi-même en t'écoutant? Qui me juge est hardi, qui me condamne est traître! Ce que je fais est bon, puisque je suis le maître l Le crime de Walter fut son amour.

ELLAK

Eh bien, Frappe-moi comme lui, car son crime est le mien 1

ATTILA

Misérable ! — Et sans doute elle sait.. .

ELLAK

Non, mon père :

L'horreur d'être le fils d'Attila m'a fait taire !

ATTILA

Ce mot coûtera cher à qui l'a prononcé !

ELLAK

Qu'il te sauve du moins, puisqu'il t'est adressé !

ATTILA

Me sauver! que veux-tu dire? Qui me menace?

ELLAK

Je ne sais pas!

Je veux que tu parles.

ELLAK

De grâce!

Ne m'interroge plus.

ATTILA

Tu mentais donc, alors?

Mais ton secret espoir, malgré tous tes efforts, Se trahit par là même. — Oui, je le vois, perfide, Ton cœur sombre est rempli d'un rêve parricide. — Ta mère t'a donné l'exemple : la prison A seule jusqu'ici puni sa trahison ; Mais dès demain, Ellak, j'ordonne son supplice.

ELLAK

Entre ma mère et toi s'il faut que je choisisse...

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