SCÈNE V ELLAK, ATTILA
ELLAK
Oui, c'est monpère...
ATTILA
Hernock ! D'où vient qu'à cette place Je te vois à cette heure? Une pareille audace...
ELLAK
Mon père, écoute-moi. Tu m'as toujours trouvé Fils docile et soumis...
ATTILA
C'est vrai. Tu m'as prouvé Qu'un fils peut racheter le crime de sa mère.
ELLAK
Alors, daigne à présent m'écouter sans colère: Une femme est ici, le désespoir au cœur, Frissonnante, attendant l'implacable vainqueur...
ATTILA
Ellak, prends garde à toi!
ELLAK
Non, je remplis ma tâche ; Mon silence serait coupable autant que lâche : En la servant, c'est toi que je sers ; je me mets Entre vous pour sauver l'un de l'autre à jamais ; Oui, la reine Hildiga, crois-moi quand je te crie : Rends -lui la liberté, son père, sa patrie; Le sang est entre vous. N'attends pas un instant!
ATTILA
Es-tu fou? Suis-je fou moi-même en t'écoutant? Qui me juge est hardi, qui me condamne est traître! Ce que je fais est bon, puisque je suis le maître l Le crime de Walter fut son amour.
ELLAK
Eh bien, Frappe-moi comme lui, car son crime est le mien 1
ATTILA
Misérable ! — Et sans doute elle sait.. .
ELLAK
Non, mon père :
L'horreur d'être le fils d'Attila m'a fait taire !
ATTILA
Ce mot coûtera cher à qui l'a prononcé !
ELLAK
Qu'il te sauve du moins, puisqu'il t'est adressé !
ATTILA
Me sauver! que veux-tu dire? Qui me menace?
ELLAK
Je ne sais pas!
Je veux que tu parles.
ELLAK
De grâce!
Ne m'interroge plus.
ATTILA
Tu mentais donc, alors?
Mais ton secret espoir, malgré tous tes efforts, Se trahit par là même. — Oui, je le vois, perfide, Ton cœur sombre est rempli d'un rêve parricide. — Ta mère t'a donné l'exemple : la prison A seule jusqu'ici puni sa trahison ; Mais dès demain, Ellak, j'ordonne son supplice.
ELLAK
Entre ma mère et toi s'il faut que je choisisse...