‹ Œuvres choisies; La Fille de RolandChapitre 116 sur 387 · SCÈNE IV ATTILA, seul · texte numérisé non relu

SCÈNE IV ATTILA, seul

Une menace!... Au fond des choses qu'il veut taire, Je sens une menace en effet, un mystère ! — Hildiga... C'est bizarre! En vain depuis un mois Je cherche... Et cependant, je suis sûr qu'autrefois... Oui, oui, je l'avais vue... Où donc? Cela m'obsède; Ce doute me poursuit, m'irrite, me possède; Tout à l'heure, pendant le festin, j'ai cru voir... Cherchons encore !.. . ATrève, il me souvient qu'un soir , Dans un temple chrétien j'entrai. Jusqu'aux fenêtres S'élevaient entassés des cadavres de prêtres ; J'allai plus loin. Soudain j'aperçus, peinte au mur, Une femme debout sur un globe d'azur

Et tenant sous ses pieds, souriante et tranquille, Un serpent... vainement le colossal reptile Tordait ses nœuds, cherchait à s'enfuir en rampant ; Le pied nu de la femme écrasait le serpent !

— Cette femme... Hildiga! C'est cela: c'était elle ! Seulement, Hildiga, quand je me le rappelle,

A le front plus altier et le regard plus dur. Mais c'était son image ! A présent j'en suis sûr.

— Une femme, un serpent... Enseignement étrange !

Pour ces peuples chrétiens la femme, c'est l'archange ;

La femme, c'est la force autant que la vertu,

Autant que la beauté ! — Mensonge î — Qu'en sais-tu?

Attila, qu'en sais-tu?

(Rêveur, puis souriant.)

Parler, agir en maître, Dompter un cœur, n'est rien ; Mais le gagner. .. peut-être ! Ce serait un triomphe éclatant... Essayons!

(Il va vers la chambre d'IIildiga, et s'arrête.)

Etaient-ce des éclairs, étaient-ce des rayons

Dont était entourée, ainsi que dans un rêve,

Cette femme aux yeux bleus dans l'église de Trêve?

— Toujours ce souvenir 1 Lâche cœur que le mien! Non, je veux...

(Appelant.) Hildiga !

il] va vers la porte du fond.) Mais elle tarde bien !

Hildiga!

Page 1