‹ Œuvres choisies; La Fille de RolandChapitre 139 sur 387 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

Les Mêmes, LE CORTÈGE DE BACCHUS ET DE SYLVAIN

MÉGARA, conduite par un prêtre devant la statue du Sylvain.

« Dieu Sylvain, dieu riant de l'OEnotrie antique, « Qui couronnes ton front des pommes du sapin, « Qui portes le sayon et la serpe rustique, « Et qui mêlas le miel au pain ;

« Dieu Sylvain, fils puissant de la Querquétulane, « Qui défends les forêts, les moissons et les fruits, « Qui protèges le bœuf, l'agneau, la chèvre, l'âne, « Contre le loup voleur des nuits ;

« Exauce-nous, Sylvain ; du nid d'or des abeilles « Ecarte le frelon et l'ours mangeur de miel ; « Mais épargne l'oiseau, s'il dérobe à nos treilles « De quoi mieux chanter en plein ciel. »

(Un autre prêtre conduit Mégara devant la statue deBacchus.)

« Bacchus, dieu deux fois né, seul dieu né de deux mères, « 0 Bacchus-Lénéen, qui du rouge pressoir, « Fais jaillir, non le jus des olives amères, « Mais le sang pur du raisin noir ;

« Bacchus-Evan, le dieu que les jeunes Bacchantes « Appellent de leurs cris fauves quand meurt le jour, « Et qui viens dénouer leurs ceintures d'acanthes...

(Elle hésite et s'arrête.)

Afranius, j'oublie un vers...

(A part, et regardant Faustus.)

Puis, ce jeune homme 1

AFRANIUS

Voici le vers :

« Et qui viens dénouer leurs ceintures d'acanthes « Dans les jeux ardents de l'amour !

208 l'apôtre

MÉGARA

J'achève.

(Elle reprend la lyre et continue.)

« 0 Bacchus-Tvonée aux cheveux vierges, donne « Aux jeunes gens la force, aux vieillards la gaîté, « Et ne méprise pas les roses de l'Automne « Après les roses de Fêté. »

(Mégara va remettre sa lyre aux prêtres, le cortège s'éloigne lentement )

AFRAMUS, à Elymas.

Eh bien, as- tu vu comme Paul et son compagnon ont respecté les dieux '? Ils ne sont ni méchants, certes, ni factieux ; Tu peux te rassurer, Elymas !

ELYMAS

Belle preuve !

Faudra-t-il donc briser tes dieux, pour qu'on t'émeuve?

AFRAMUS

Allons, viens I

(Tous deux se dirigent vers la porte de droite.)

ELYMAS

Oui, je pars !

Ta main, Elymas...

ELYMAS

Non!

Toi Juive (à peine encore mérites-tu ce nom), Tu viens d'offenser Dieu dans son prêtre...

LYDIE

Mon père !

ELYMAS

Ta faute peut encor se réparer, j'espère ;

A l'oratoire juif, viens demain ; c'est le jour

Du grand Pardon, nommé dans nos livres Kippour ;

Viens donc et nous verrons, toi qui tantôt peut-être

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