ACTE PREMIER
Dire du mal des Dieux, en ce cas, c'est d'un traître; N'en disons que du bien : mon empereur peut l'être î
ELYMAS
Ris l sais- tu ce qui perd tout dans ce siècle-ci ? C'est le scepticisme.
AFRAN1U9
Oui, — le fanatisme aussi !
LYDIE
Et toi tu ne dis rien, étranger ?
PAUL
Non, j'écoute.
LYDIE
Partages-tu l'avis du duumvir !
Sans doute.
LYDIE
Mais ta religion, tes»dogmes et ta foi?...
ELYMAS
Pour lui, je vais répondre : il est Juif comme moi ;
Ses traits me sont restés gravés dans la mémoire,
Je le connus jadis et ce fut à sa gloire,
Quoiqu'il fût un enfant presque en ce temps ancien,
Et quoiqu'il eût, je crois, pour maître un Pharisien.
Je crois qu'il aidait même, autant qu'il m'en souvienne,.
Au supplice d'un fou qui s'appelait Etienne,
Le plus fou des chrétiens ! — Je te reconnais bien,
Mais ton nom, quel est-il, ami ?
PAUL
Je suis chrétien,
Et je me nomme Paul.
206 l'apôtre
ELYMAS, se levant d'un bond.
Un chrétien ! Sacrilège I L'apostat de Damas ! qu'Abraham me protège ! Qu'on le chasse à l'instant !
Il est mon hôte ici.
ELYMAS
Alors, c'est moi qui pars ! Duumvir, viens aussi ; Va chercher tes licteurs ! Qu'en prison on les traîne !
AFRAMUS
Non, il est protégé par la loi souveraine.
(A Paul.) Respecte l'empereur, la loi telle qu'elle est, N'ameute point le peuple. — Et fais ce qu'il te plaît !
ELYMAS
Nous verrons I nous verrons, duumvir trop facile !
AFRANIUS, à part, regardant Paul.
J'aime cet homme-là ! »
ELYMAS
Retournons à la ville.
AFRANIUS
Non, rabbin; attendons encor ; je veux juger
Si ce chrétien pour nous est vraiment un danger :
(Regardant au dehors.) Les vierges, les vieillards, en blanche théorie, Accompagnent Bacchus et Sylvain. — Je t'en prie, Ecoutons et voyons. ,
(Le cortège paraît, entourant les deux statues de Sylvain et de Bacchus. Deux prêtres se dirigent vers Mégara et lui offrent une lyre qu'elle prend.)
MÉGARA, en passant près de Faustus.
Faustus, écoute bien :
Peut-être te ferai-je aimer nos dieux, chrétien !