‹ Œuvres choisies; La Fille de RolandChapitre 155 sur 387 · SCÈNE IV PAUL, FAUSTUS, LYDIE, MÉGARA · texte numérisé non relu

SCÈNE IV PAUL, FAUSTUS, LYDIE, MÉGARA

LYDIE

Partez tous deux. Voici le chemin qu'il faut prendre.

MÉGARA

Oui, partez, le temps presse.

PAUL

Il faut encore attendre.

LYDIE

L'ennemi n'attend pas, ne va pas le braver.

PAUL

J'ai mieux à faire ici.

LYDIE

Quoi donc ?

PAUL

A te sauver !

C'est ton âme qu'il faut sauver avant ma vie, Votre âme à toutes deux dans l'erreur asservie.

224 l'apôtre

Mais j'ai lu dans vos yeux pendant que je parlais :

Tu tremblais, Lydia, Mégara, tu tremblais ;

Etait-ce seulement une pitié de femme

Qui mettait cette crainte et ce trouble en votre àme ?

Non, c'était mieux ! C'était la lente vérité

Qui sur vous étendait sa douteuse clarté.

Puissé-je voir, après cette lueur première,

Y descendre à présent la complète lumière !

C'est pour cela qu'il faut que nous restions, ma sœur.

LYDIE

Ah ! Paul, dans un instant, là, sans un défenseur Qui veuille vous sauver, hélas ! ou qui le puisse, On viendra vous saisir, vous traîner au supplice !

MÉGARA

Oui, Faustus, la prison, les tortures, et puis...

FAUST US

Sois chrétienne, et je pars.

MÉGARA

Chrétienne ! Ah ! je ne puis.

PAUL

Lydia, sois chrétienne, et je pars.

LYDIE

Moi, chrétienne !

Non! je connais trop mal ma doctrine et la tienne ; Plus tard je chercherai, je verrai si j'ai tort, Oui, je te le promets ; oui, Paul ; mais pars d'abord !

PAUL

Je reste.

LYDIE, montrant l'horizon en l'eu.

Mais regarde... Oui, là-bas, ce nuage... Afranius avait raison, voici l'orage.

La foudre gronde au loin ; les torrents débordés Vont fermer les chemins. — Malheureux ! Regardez !

Page 1