‹ Œuvres choisies; La Fille de RolandChapitre 156 sur 387 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

MÉGARA

Il en est temps encor, oui, la fuite est possible. Oui, par là...

faustus Nous restons, Mégara.

(La foudre éclate autour d'eux.) LYDIE

C'est terrible !

Allons vers ces rochers, nous attendrons près d'eux La fin de l'ouragan.

(Tous quatre se réfugient contre les rochers qui surplombent à gauche,

Forage redouble )

PAUL

Ecoutez toutes deux.

LYDIE

Nous t'écoutons.

PAUL

Un jour, j'allais à Damas, ville Où de nombreux chrétiens s'étaient fait un asile. J'avais reçu des Juifs mission et pouvoir, Et j'allais tout joyeux de mon cruel devoir ; Ma pensée, en marchant, inventait des supplices Contre tous les chrétiens ou contre leurs complices, Je me sentais poussé par un souffle inconnu, Sous un ciel écrasant, sur ce long chemin nu ! Tout à coup un orage éclata sur ma route ; Une voix près de moi, celle de Dieu sans doute, Tandis que je tombais sur la terre abattu, Me dit : Saul ! Saul ! pourquoi me persécutes-tu ? — Le lendemain, j'étais chrétien, j'étais apôtre. Femmes, que mon histoire aujourd'hui soit la vôtre, Dieu vous parle au milieu de la foudre et du vent, Ecoutez à genoux la voix du Dieu vivant !

(Lydie et Mégara s'agenouillent sous les éclairs ) Femmes, c'est vous surtout qui pourrez le connaître, Vous, pour qui si longtemps tout Dieu ne fut qu'un maître ;

226 l'apôtre

Hélas ! Depuis le jour où, dans l'ombre et l'effroi, Un homme fou cria : Cette femme est à moi 1 Depuis ce jour maudit perdu dans les vieux âges, Les hommes les meilleurs, les plus doux, les plus sages, Juifs ou païens, Romains ou Grecs, depuis ce jour, Ont mis la honte où Dieu voulut mettre l'amour 1 La femme, ange vaincu, meurtri, traînant son aile, Depuis quatre mille ans est l'esclave éternelle ? Fille, un mari l'achète au père qui la vend ; Veuve, son fils, son frère un étranger souvent, Dit : La loi me la donne ! Elle n'a qu'à le suivre : Si bien que, jusqu'à l'heure où la mort la délivre, Elle a pour seul bonheur qu'elle puisse obtenir De porter dans ses flancs ses tyrans à venir ! Mais quelqu'un est venu briser ce joug infâme, Il a mis une étoile au front blanc de la femme ! Il a fait d'elle, au lieu de l'esclave dompté, L'éternelle vertu, l'immortelle bonté ; Et pour forcer enfin l'ironie à se taire, A l'homme dont l'orgueil la courbait jusqu'à terre Il dit : Au haut du ciel, dans l'ombre du saint-lieu, Regarde ! C'est ta mère à côté de ton Dieu !

Dieu de lumière 1 angoisse ineffable et suprême ! Un bras mystérieux m'arrache de moi-même ; Je ne résiste plus, l'Invisible est vainqueur, Et tout l'azur du ciel me descend dans le cœur ! Je suis chrétienne.

FAUST LS

Et toi, Mégara l Puis-je lire Dans ta pensée au fond de ton vague sourire ? N'as-tu donc pas compris, quand le maître a parle, Ma prière muette et mon espoir voilé ? Je ne suis pas le maître éloquent et sublime Qui va chercher une àme et l'arrache à l'abîme, Mais si ton âme encor résistait à sa voix, Je serais malheureux pour la première fois ?

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