‹ Œuvres choisies; La Fille de RolandChapitre 171 sur 387 · SCÈNE IX LYDIE, PAUL · texte numérisé non relu

SCÈNE IX LYDIE, PAUL

PAUL

Lydia! Lydia!

LYDIE

Paul, je crains de comprendre.

244 l'apôtre

PAUL

Cette enfant m'a montré le chemin qu'il faut prendre. Lydia, tu l'as dit : j'ai délivré ton cœur Des chaînes dont l'avait chargé le mal vainqueur; J'avais peut-être aussi quelque chaîne dernière, Car notre âme est souvent en secret prisonnière Et, loin de la briser, elle en aime le poids. Cette chaîne est brisée, enfin. Je te le dois. Actyeu donc, Lydia. Sois la sainte et la forte ; Ne mêle pas de plainte à ce vent qui m'emporte. Tu ne pensais qu'à nous... Il faut te pardonner! Mais n'est-ce rien surtout qu'un exemple à donner? Le bon chemin est-il celui que l'on préfère? Je suis le serviteur du bien que je dois faire ! Tout ce que l'homme en lui de divin peut avoir, C'est l'élan éternel vers un nouveau devoir.

LYDIE

Quel devoir, Paul ?

PAUL

Celui de l'apôtre : la lutte !

Elle m'a relevé de ma première chute ; Elle m'a fait entrer dans un chemin meilleur En m'arrachant au mal, — c'est-à-dire au malheur! Je vais donc aujourd'hui, pour acquitter ma dette, Poursuivre sans retard mon œuvre à moitié faite, Et, dans le champ divin obstiné moissonneur, Comme au malheur jadis, m'arracher au bonheur !

LYDIE

Que répondrais-je, Paul ? Toi seul es juge et maître ; Ton devoir et le mien, tu dois donc les connaître : Si mon rêve d'une heure était moins grand que toi, J'en aurai de plus grands un jour, pardonne-moi! Tu vas donc nous quitter... Où vas-tu, Paul?

PAUL

A Rome.

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