ACTE TROISIÈME
A Rome I Sais-tu bien...
PAUL
Je sais qu'il est un homme Qui peut, en se jouant, par caprice, au hasard, Si quelque jour sur moi vient tomber son regard, Dire, sombre ou railleur : Qu'il meure à cette place ! C'est pourquoi je veux voir cet homme face à face. Ce que je lui dirai, le monde l'entendra, Et si je meurs, du moins la vérité vivra ! Puis vers Rome une force invisible m'entraîne : J'ai soif de voir le Cirque et la sanglante arène, Quelque empereur courant sur quelque immonde char, Les lions étonnés des fureurs de César, Et je prendrai, docile à la voix qui m'attire, Le chemin le moins long pour aller au martyre ! Soufflez, vents orageux qui venez du Midi, Pour réchauffer mon zèle un instant attiédi, Et poussez mon vaisseau, dont frissonne la voile, Vers la rive où la mort brille comme une étoile !
LYDIE
Le martyre!... quoi! Paul...
PAUL
Si je l'obtiens pour moi, J'irai le demander à Dieu...
LYDIE
Pour qui?
PAUL
Pour toi.
Adieu, sœur !
LYDIE
Adieu, frère !
246 l'apôtre
PAUL, voyant Faustus et Mégara qui sortent du navire.
Enfants, c'est vous... c'est l'heure !
(A Faustus.) Qu'as-tu, mon fils, qu'as-tu ? Je ne veux pas qu'on pleure ! Regarde Lydia : c'est ma sœur, Dieu m'entend ! Eh bien, le frère part... elle sourit pourtant ! Souriez donc comme elle à celui qui peut-être... Adieu tous, mes amis !
LYDIE
Adieu, frère !
FAUSTUS et MÉGARA
Adieu, maître 1
(Paul monte lentement sur le navire au milieu des chants des matelots, et élève la main pour bénir ceux qui restent sur le rivage.)