‹ Œuvres choisies; La Fille de RolandChapitre 180 sur 387 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

HASSAN

Moi, Juif, par des raisons je veux fermer ta bouche : Le peuple arabe a trop de femmes a nourrir ; Il est donc, puisqu'il faut les aider à mourir, Bien plus humain de les tuer filles que femmes. Puis le dieu Wad l'ordonne.

JONAS, bas à Georgios.

Idolâtres infâmes, Fourbes, grossiers...

GEORGIOS

Cruels...

JONAS

Et superstitieux !

ABOU-BECKER, à Hassan.

Que disent-ils ?

HASSAN

Du mal de nous ou de nos dieux.

Ces neveux de Jésus et ces fils de Tobie Depuis quatre cents ans infestent l'Arabie ; Le chef qui les admit chez nous fut imprudent !

ABOU-BECKER

Tu dis vrai. Je hais moins les chrétiens cependant.

HASSAN

Hum 1 Le Juif, c'est la lèpre, et le chrétien, la peste, Et tant qu'il en reste un, c'est l'engeance qui reste. Ils envahissent tout, ces chrétiens et ces Juifs, On devrait les chasser, et mieux, les brûler vifs !

JONAS, furieux.

Essayez ! Nous avons des châteaux forts, des villes. Qui se défendront bien contre vos hordes viles ; Nous avons le Khaybar, Matât, Naïm, Cammous; Arabes, l'Arabie est aux Juifs comme à vous !

200 MAHOMET

HASSAN, à Abou-Becker.

Et c'est là le grand mal I La terre des ancêtres, Bientôt, si Ton n'y veille, aura changé de maîtres; Il faudrait rejeter au loin d'un seul effort Ces étrangers...

ABOU-BECKER

Aucun de nous n'est assez fort ; Mais cela finira.

HASSAN

Peux-tu me dire comme?

ABOU-BECKER, se levanl.

Peut-être. Parmi nous, il peut surgir un homme,

Quelque rude guerrier qui nous mette d'accord,

Et nous fasse, au besoin, trembler tous, moi d'abord !

Nous en avons besoin tous, Chrétiens, Juifs, Arabes,

Et je le dis à tous sans compter mes syllabes.

Tout va bien, pensez-vous quand vous avez bien bu.

Cependant le désordre est dans chaque tribu,

Le pillage, le vol, le meurtre, l'incendie,

La bassesse, la haine avec la perfidie,

Les immondes plaisirs, le mal fait ou rêvé,

Les crimes dont le nom n'est pas encor trouvé l

Notre courage meurt en ces honteuses tâches,

Les aigles du désert disent : où vont ces lâches?

Nos fils vaudront encor moins que nous ne valions,

Et le mépris de l'homme est dans l'œil des lions !

JON'AS, riant et buvant.

Si je te comprends bien, tu rêves un Messie ? Je bois donc au succès de cette prophétie : A ton tyran futur, candide Abou-Becker !

ABOU-BECKER, tirant son poignard.

Ton insolence, Juif, tu vas la payer cher 1 JONAS, tirant aussi son poignard.

Viens ! mon couteau saura, d'une façon certaine, Si la peau d'un Arabe est une bonne gaine I

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