‹ Œuvres choisies; La Fille de RolandChapitre 185 sur 387 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

MAHOMET, avec conviction et simplicité.

Mon père, je l'ai dit; il sera fait ainsi.

GEORGIOS

Je Fespère, et voilà pourquoi je parle ici. Une force est en toi, je le sens, le devine ; Oui, tu peux à ton tour servir l'œuvre divine. Mais il faudra lutter, longtemps ! Tu connaîtras Les fourbes, les méchants, les lâches, les ingrats ; Les dieux se défendront contre Dieu! C'est l'histoire. Tout homme a besoin d'aide en cette lutte noire ; Je t'aiderai : d'abord, je t'offre pour soutiens Les chrétiens d'Arabie et puis tous les chrétiens, J ai les pouvoirs de tous, et pour tous je m'engage ; Ici tu seras roi, si tu veux ! Le seul gage Que j attende de toi, pour payer notre appui, C'est que tu promettras, avant tout, aujourd'hui, D'accepter, d'établir la loi du Christ ! J'espère Que c'était ton dessein, Mahomet?

MAHOMET, avec une fermeté un peu triste.

Non, mon père.

GEORGIOS

Comme moi, cependant, tu vénères son nom?

MAHOMET

Oui.

GEORGIOS

Sa loi convient seule au peuple arabe.

MAHOMET

GEORGIOS

Qui te l'a dit?

MAHOMET, montrant le ciel.

Celui qui sait tout .

200 MAHOMET

GEORGIOS

Ah ! prends garde !

En de mauvais chemins ton orgueil se hasarde . Entends, du moins, ma voix sévère et juste, au lieu D'en croire cet orgueil.

MAHOMET

Parle... J'écoute Dieu.

GEORGIOS

Je te connais, j'ai lu dans ton âme profonde Comme on voit les écueils sous les troubles de l'onde. Deux hommes sont en toi : l'un bon, fidèle, aimant ; L'autre, géant d'orgueil qui cherchait le moment De bondir sur la proie et de toucher son rêve. C'est ce dernier, mon fils, qui maintenant se lève !

— Tu ne veux pas du Christ ? C'est que ta vanité T'inspire je ne sais quelle rivalité.

Tu l'admires, dis-tu ; mais par un stratagème De ton orgueil, en lui tu admires toi-même, Car tu crois égaler quelque jour sa vertu, Sa gloire, son triomphe ; eh bien — l'oserais-tu ? — Fais la comparaison ; lui, le chaste, l'immense Et tendre guérisseur de l'humaine démence, Au jour du Golgotha comme au jour du Thabor, Pouvait monter là-haut d'un libre et fier essor. Quand tombait à ses pieds la grande pécheresse, Des cœurs qui la jugeaient voyant la sécheresse, Il pouvait les blâmer sans trouble et sans ennui, Car tout l'azur du ciel était entre elle et lui ! Ses lèvres n'ont jamais touché la coupe amère, Et son coeur n'a connu qu'une femme : sa mère !

— Toi, mon fils, jusqu'ici, je sais que Khadidja De tout entraînement fatal te protégea ;

Elle fut ta vertu, ton ange, ta gardienne, Mais, crois-le bien, ta vie a besoin de la sienne, Car le germe terrible est déjà dans ton sein : Tu ressembles, mon fils, à ce prince abyssin

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