‹ Œuvres choisies; La Fille de RolandChapitre 186 sur 387 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Que des oiseaux, portés sur des ailes obscures,

Perçaient incessamment de mortelles piqûres.

Aujourd'hui, c'est l'orgueil, la luxure demain,

Plus tard l'ambition, le délire inhumain,

De courber sous ton joug- les hommes et les femmes,

Et l'ardeur de dompter, comme les corps, les âmes !

Dans ce chemin fatal point de halte en effet,

Et le mal qu'on fera vient du mal qu'on a fait !

0 justice éternelle ! 0 sagesse vivante !

Pourquoi permettez-vous ces êtres d'épouvante ?

Hélas ! pourquoi faut-il que d'âge en âge ainsi,

Sur le monde effaré, sous le ciel obscurci,

Nivelant les Memphis, les Spartes, les Sodomes,

Moissonneurs du démon, passent ces faucheurs d'hommes

Jadis, c'était Xerxès ; hier, c'est Attila.

Demain... qui sait? - Mon fils, ne sois pas de ceux-là !

Le Dieu du Golgotha n'a fait qu'une victime :

C'est lui 1 Sa loi naquit de sa douceur sublime ;

Laisse ce doux pasteur conduire les troupeaux

Sous la houlette et non sous les sanglants drapeaux,

Ne livre pas ton siècle et des siècles sans nombre

Aux chevaux effrayants qui hennissent dans l'ombre,

Car ce que pourrait faire un cœur comme le tien,

Je le sais, et j'ai peur !

MAHOMET, avec une hauteur subite.

C'en est assez, chrétien !

Je veux ce que Dieu veut, je sais ce qu'il ordonne.

GEORGIOS

Rien ne peut t'arrêter, alors ?

MAHOMET, avec plus de force.

Rien, ni personne,

GEORGIOS

Eh bien, ces mêmes vœux que pour toi je formais, Sache-le, je les fais contre toi désormais. L'idolâtrie, hélas ! chez ces peuples barbares, Vaut mieux peut-être encor que ce que tu prépares :

268 MAHOMET

Puisses-tu donc, avant que ce fatal pouvoir Te sois donné, mourir !

MAHOMET, le retenant.

Reste, alors : tu vas voir.

(Le jour s'est levé. On aperçoit la Gaaba illuminée par le soleil, avec ses trois cents dieux sculptés sous les arcades roses. Les Arabes sont prosternés devant eux, Hassan en tête.)

SCÈXE V.

MAHOMET, ABOU-BECKER, GEORG103, KHADIDJA, HASSAN, YÉSID, La Foulb.

HASSAN, se levant.

Dieux des Arabes, dieux puissants de nos ancêtres, 0 dieux de la Caaba, dont nous sommes les prêtres, Déesse des petits enfants et des oiseaux, Al-lat ; et toi, Hobal, qui donnes aux roseaux Altérés du désert la pluie ou le nuage, Nars, Asaph, Naiéla, j'adore votre image ! Donnez-nous tous les biens sans peine et sans danger ; Faites-nous le repos doux, le travail léger ; Afin que nous puissions piller les caravanes Qui viennent de Syrie ou des terres persanes, Egarez au milieu des sables dévorants Les marchands grecs et juifs, les voyageurs errants, Car nous couvrons de fleurs, après chaque entreprise, Les images des dieux.

MAHOMET, d'une voix éclatante.

Et le vrai Dieu les brise 1

(11 va au fond ) Peuple, regarde ! vois, sous le grand ciel ardent, Ces lourds nuages noirs venir de l'Occident...

(Le ciel s'obscurcit.) C'est le simoun, le vent qui porte les tonnerres Et courbe comme un jonc les cèdres centenaires.

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