ACTE PREMIER
RAGENHARDT
L'âge de mon pays depuis son esclavage, Trente ans.
Et tes parents ?
RAGENHARDT
Mon oncle est Witikind.
AMAURY
Ton père ?
RAGENHARDT
Il était roi quand Charlemagne vint.
AMAURY
Et toi, le fils d'un roi, dans une embûche infâme, Tu viens comme un bandit attaquer une femme ?
RAGENHARDT
Bandit... pour tout vainqueur c'est le nom du vaincu! Toi qui peux me tuer, pourquoi m'insultes-tu ?
AMAURY
La guerre a prononcé la sentence suprême; Ton oncle Witikind a reçu le baptême ; De vos douze tribus les chefs se sont soumis, Ils se sont fait chrétiens...
RAGENHARDT
Les pères... mais les fils!
Mon père, à moi, d'ailleurs, a dédaigné de vivre, J'ai sa mort à venger, non son exemple à suivre ; Je l'ai vu par les Francs massacrer sans pitié, J'étais bien jeune... mais je n'ai rien oublié!
AMAURY
Tout Saxon, d'ordinaire, est habile et perfide, A cacher ses desseins son esprit est rapide ;
Cependant je crois voir plus de sincérité Dans ton accent sauvage et ton œil irrité. — Tu mérites la mort...
RAGENHARDT
Croit-on que je l'ignore ?
Je venais pour tuer, tuez-moi.
A.MAURY
Pas encore.
Celle que tu voulais frapper si lâchement Ici m'a demandé ta grâce en ce moment ; Je pourrais donc laisser ton crime sans vengeance. Mais toi-même rends-moi possible l'indulgence : Veux-tu rester en Gaule et te faire chrétien? Tu sauveras tes jours à ce prix.
(Silence de Ragenbardt.) Parle !... Eh bien "?...
Ton sort est dans ta main, je te le dis encore.
RAGENHARDT
Dieu peut-être a sur moi des desseins qu'on ignore; Je ne peux refuser si j'en suis l'instrument !
(Regardant Amaury.) J'accepte ; mais hier, j'aurais fait autrement !
AMAURY
Sois donc chrétien, Saxon, et dès ce jour commence A prouver que ton cœur comprend cette clémence.
RERTHE, avançant vers Amaury.
Merci, comte 1 II m'est doux, en vous disant adieu, De penser que j'ai pu gagner cette âme à Dieu.
RAGEM1ARDT, dont on a détaché les liens, s'arrètant près de sortir. Quoi ! vous parte?, madame ?
RERTHE
A l'instant. Que t'importe ?