SCENE V MAHOMET, SAFWAN
MAHOMET
Ce que je vais te dire, Ami, voilà longtemps déjà que j'y songeais, Mais cette guerre juive ajourna mes projets ; Je veux donc les reprendre à l'heure nécessaire. Je connais envers moi ton dévouement sincère ; Cette femme l'a dit, et tu le sais trop bien, .le t'ai pris Ayesha...
SAFWAN
Non, tu repris ton bien î Nos âmes et nos corps, nos biens et notre vie, Dieu te les as donnés; la loi, c'est ton envie. Et le ciel nous a fait un cœur pour te l'offrir.
MAHOMET
Il est vrai, Safwan, mais on peut en souffrir ! Qu'as-tu pensé de moi, Safwan ?
SAFWAN
Moi '?... je t'aime, Je te vénère en tout. C'est le devoir suprême, C'est la loi. Le Koran le veut, le ciel le veut ; Rien désormais, hormis ce devoir, ne m'émeut ; Sans toi je ne serais qu'un idolâtre impie, Et l'abîme de flamme où tout crime s'expie M'attendait... Grâce à toi, maître, j'aurai le ciel, Ses jardins toujours verts et ses fleuves de miel ! Ce qu'on gagne ici-bas par des courses lointaines, Je l'aurai sans travail ; les divines fontaines Me verseront leur onde éternelle, au milieu Des Croyants qui diront sans fin : Louange à Dieu !
MAHOMET
C'est là le paradis promis au cœur fidèle;
Mais la terre, malgré tout ce qu'on souffre d'elle,