VI INTRODUCTION
est-on frappé, quand on lit ces spirituelles et gracieuses fictions, de voir que les péripéties ne manquent point d'y être disposées selon un plan tout à fait scénique, et que V auteur, s'il n'eût été naturellement porté vers un art plus grave, en eût pu tirer sans effort d'aimables comédies romanesques .
Il ne vécut que pour le théâtre, et pour les formes les plus élevées du théâtre. Si, dès 1 845, à vingt ans, il débuta dans les lettres par un petit recueil de poésies, Les Premières Feuilles, qu'il condamnait lui-même à l'oubli, bien qu'il lui eût valu alors leséloges de Chateaubriand, de Béranger et de Victor Hugo, — dès cette année-là aussi le poète présentait à la Comédie-Française un drame en cinq actes et en vers, Le Mariage de Luther, déjà plein de telles qualités que, malgré l'âge du dramaturge, l'ouvrage fut reçu à correction.il allait être , les corrections faites , interprété par Geoffroy, Ligier, Beauvallel et Rachel, quand survinrent les événements de 1848. On craignit les périls d'une pièce où était posée la question du mariage des prêtres; et le poète, que d'ailleurs son essai dramatique ne satisfaisait plus, renonça à lareprésenlalion et ne voulut même pas que la pièce fût publiée.
Un autre drame, Dante et Béatrix, très supérieur au Mariage de Luther, ne larda pas à être terminé ; mais il était dit que la politique, celte fois encore, — et non, comme on le verra, pour la dernière, — barrerait la route au poète.
On se trouvait au lendemain du coupd'Etat ; Victor Hugo venait d'être exilé, et c'est sur l'exil de Dante que s'achevait le cinquième acte de la pièce, avec des vers tels que ceux-ci :
Moi, je pars, mon exil me convient et m'attire, L'exil... prison qui marche, allongeant le martyre !
Du moins je flétrirai, je poursuivrai sans cesse La peur, la trahison, le crime, la bassesse. Mes ennemis, plongés vivants dans mon Enfer, Verront leurs noms écrits de mon stylet de fer ; Leur supplice à mes maux servira d'allégeance ; Ta muse, Alighieri, ce sera la Vengeance !
On comprend assez que le gouvernement impérial n'ait pu permettre que cet écho des Châtiments fût entendu, et