‹ Œuvres choisies; La Fille de RolandChapitre 3 sur 387 · INTRODUCTION VII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION VII

Henri de Bornier dut se contenter de publier, en 1853, son drame.

En attendant de rencontrer de nouveau un de ces grands sujets pour lesquels il eut une prédilection constante, il écrivit pour le Théâtre-Français et pour VOdéon quelques à-propos très applaudis, et pour diverses revues, sans songer à la représentation, quelques saynètes dont Vune, Le Monde renversé, publié dans la Revue Contemporaine, eut la bonne fortune d'être interprétée à Saint-Pétersbourg par 3/me Arnould-Plessy .

Enfin, voici trouvé le grand sujet attendu ; le poète se sent soulevé par une inspiration qu'il n'a pas connue encore ; et dès 1 864 (on doit retenir cette date) il achève, il présente à la Comédie-Française, et on Vy refuse, La Fille de Roland ! La pièce ne put même pas être soumise au Comité de lecture, l'Administrateur général, Edouard Thierry, ayant jugé qu'il était impossible de montrer au théâtre un empereur humilié, fût-ce en la lointaine personne de Charlemagne, et une France vaincue, trahie par un Ganelon, tout cela s'achevât-il, d'ailleurs, dans l'héroïque exaltation d'une victoire. Ce péril ainsi écarté, la Comédie-Française, quatre ans plus tard, et sans doute en manière de compensation, daigna donner, avec des « doublures » pour interprètes, et au plus fort des chaleurs, quelques mélancoliques représentations d'un Agamemnon qu'Henri de Bornier avait imité de Sénèque, tragédie méritoire, certes, mais simple exercice scolaire d'un homme dont on venait de repousser l'œuvre originale et puissante, le chef-d'œuvre.

C'est seulement onze années après ce refus, le 1 5 février 1875, quels. Fille de Roland, acceptée cette fois avec enthousiasme, Emile Perrin étant Administrateur général, parut sur la scène de la Comédie-Française où l'on sait qu'elle fut, et qu'elle est encore, chaque fois qu'elle y reparaît, sa merveilleuse fortune. On a cru souvent que le poète avait voulu, dans son drame, rappeler les récentes catastrophes de Vannée terrible; nous n'ignorons plus à présent qu'il n'en était rien, mais que, d'avance il en avait imaginé les douleurs, comme aussi d'avance il avait formulé les espoirs des vaincus, chanté les résurrections et les revanches.

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