SCÈNE II MAHOMET endormi, SOFIA, HAFSA
SOFIA
Hafsa, viens... Pas de bruit.
— Viens ici. — Comme moi, tu rêves la vengeance, Je le sais ; mais il faut agir d'intelligence.
HAFSA
Oui, — je ne te hais point ; je ne hais qu'Ayesha ; C'est pour elle qu'hier Mahomet me chassa : Toi, s'il t'a prise, c'est pour le plaisir d'une heure. Nous autres, nous passons ; elle seule demeure ! Auras-tu confiance en moi, Juive, à présent?
SOFIA
Regarde ! Mahomet dort d'un sommeil pesant ;
Mais parlons bas.— Nous voir ailleurs est impossible. —
Tu veux te veng-er?
HAFSA
Certe ! Et que ce soit terrible !
SOFIA
Tu hais bien Mahomet?
IIAFSA
Plus que toi : je l'aimais !
SOFIA
Oui, mais n'auras-tu pas pitié de lui?
298 MAHOMET
IIAFSA
Jamais !
Jamais je n'oublierai ma honte et mon outrage ; Je voudrais de mes mains, de mes dents, avec rage, Dernière volupté dont mon être ait frémi, Déchirer en hurlant ce sein où j'ai dormi !
SOFIA
Non ! — Ecoute...
MAHOMET, endormi.
La guerre... Egypte, Athènes, Rome...
HAFSA, bas à Sofia, en liranl son couteau.
Le tuer, n'est-ce pas ? Je vais tuer cet homme !
— Dors ton dernier sommeil, toi qui m'as fait souffrir
Tout l'enfer d'ici-bas ; dors, toi qui vas mourir !
SOFIA, la retenant,.
Ce n'est pas pour cela, femme, que je t'appelle, Non, j'ai d'autres projets.
IIAFSA
Lesquels ?
MAHOMET, rêvant.
Grand Dieu!... c'est elle, Ayesha... Safwan... Ayesha... Justes cieux !
SOFIA
Laisse là ton couteau, femme : j'ai trouvé mieux !
IIAFSA
Rien ne vaut le couteau.
SOFIA
Mieux vaudrait, ce me semble, Femme, te venger d'elle et de lui tout ensemble.
HAFSA
Oui ! mais comment ?