ACTE TROISIÈME
AYESHA, froidement.
J'obéirai, Prophète.
MAHOMET, à part.
Allons ! crainte insensée !
L'ombre même du mal est loin de sa pensée.
(Haut, presque gaiement.) Ce songe me trompait ; le cri de l'ange noir Mentait... N'y songeons plus ! Viens près de moi t'as-
seoir ; Donne-moi donc ta main... Ecarte ce nuage De tes yeux. — Je ne puis t'en dire davantage ; Je fais ce que je peux, trop, peut-être, pour toi ; Que te faut-il de plus ? — Tu souffres, je le vois.
AYESHA
Non, Prophète.
MAHOMET, presque tendre.
Est-ce vrai ? Tu me trompes peut-être ? As-tu quelque reproche à me faire ?
AYESHA, toujours froide.
Non, maître.
MAHOMET, plus tendre.
Il faudrait franchement tout me dire en ce cas, Et ma bonté saurait...
AYESHA, avec un commencement de confiance.
Eh bien...
MAHOMET, se levant brusquement.
N'achève pas !
Le Prophète de Dieu, qui de Dieu se rapproche, Ne peut ni mériter, ni souffrir de reproche.
Il suffit !
(Il s'éloigne et la regarde presque durement.)
(A part.)
Qu'ai-je dit ? Qu'allais-je faire ? — Oh ! Dieu ! 0 misérable cœur qui te gardes si peu,
306 MAHOMET
Meurs plutôt ! — Cette femme... ô folie éternelle De l'homme ! J'allais donc m'abaisser devant elle ! A ce joug vil mon cœur pourrait s'accoutumer ! Non, je ne l'aime pas, je ne veux pas l'aimer ! Jamais ! Oublions donc ma faiblesse d'une heure. — Que fait-elle? — Ayesha...
AYESHA, tressaillant.
Maître ?
MAHOMET, se rapprochant d'elle.
Est-ce qu'elle pleure ?
Non. — Qu'importe d'ailleurs ! Je n'en veux rien savoir, J'ai mieux à faire.
(Regardant la foule qui arrive en tumulte.) Allons, Prophète, à ton devoir !