SCÈNE PREMIÈRE FRANCO, puis VENIERI
(Trois secrétaires (rôles muets) travaillent à une grande table au fond à gauche. Franco est assis à la table de l'Arétin, à droite, où il écrit; un valet arrive du fond et lui donne une lettre.)
FRANCO
Comment! c'est Venieri qui veut me voir? Sans doute! Un vieil ami ! J'y vais.
(Il va à la table du fond, distribue de la besogne aux secrétaires tout en parlant. — A Venieri qui paraît timidement, du fond.)
Viens donc !
VENIERI, s'arrêtant sur le seuil.
D'abord, écoute.
35G LE FILS DE l'àRÉTIN
FRANCO
Entre !
VEMERI
Je n'ose pas : avec ces habits-là !
C'est trop beau, ce palais !
FRANCO
Eh ! qu'importe cela ?
VEMERI
Ton maître, FArétin...
FRANCO, l'entraînant à l'avant-scène.
Viens, que je t'examine !
Je t'ai connu jadis de moins funèbre mine Et, comme ton esprit, ton linge était plus fin, As-tu quelques ennuis ?
VEMERI
Un seul : je meurs de faim î Déplore, cher Franco, le sort des calligraphes 1 Adieu les lettres d'or et les nobles paraphes ; Il faudrait ajouter à dix plus d'un zéro Pour savoir ce que m'ont rapporté Cicero, Lactance, Martial, Platon, Saint-Epiphane, Car ma plume passait du sévère au profane Et j'aimais le Romain sans détester le Grec... Un homme m'a perdu, ruiné mis à sec !
FRANCO
Qui donc ?
VEMERI
Gutenberg.
VEMERI
Ah ! c'est logique...
VEMERI
Mais triste 1 Mon cher, l'imprimerie a tué le copiste ;