‹ Œuvres choisies; La Fille de RolandChapitre 244 sur 387 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

J'allais donc me jeter dans l'Arno, c'est certain, Quand j'appris qu'à Brescia le divin Arétin T'avait pour secrétaire intime ; je te cherche, Je te trouve et te tends les bras. Tends-moi la perche ;

FRANCO

Volontiers, cher ami.

VENIERI, avec expansion.

Merci, mon cher Franco !

FRANCO, l'entraînant à l'avant-scène, à droite.

Seulement, parlons bas : ces murs ont de l'écho. Tu veux entrer céans ?

(Il range des papiers sur la table del'Arétin.) VENIERI, humblement, regardant la table du fond.

Comme aide-secrétaire, S'il se peut.

FRANCO

Oui, mais...

VENIERI, inquiet.

Quoi?

FRANCO, il le fait asseoir près de lui auprès de la table.

Je ne dois rien te taire.

Connais-tu PArétin ?

VENIERI

De sa personne, non ;

(Avec admiration ) De nom, certainement.

FRANCO

C'est un terrible nom, Mais l'homme qui le porte est plus terrible encore, Où le diable le prit, personne ne l'ignore : Apprenti relieur à Pérouse d'abord, Il s'en alla, déjà prompt à virer de bord,

358 LE FILS DE l'arÉTIN

Chercher fortune à Rome, à Venise, en Toscane ; Bâtard d'un gentilhomme et d'une courtisane, Son cœur était gonflé de tous les appétits, Les féroces, les vils, les grands et les petits. Il les a satisfaits.

VEMERI, avec envie.

Je voudrais savoir comme î

FRANCO

Oh ! par tous les moyens ! car c'est un habile homme ; C'est lui qui le premier, sous nos yeux éblouis, Trouva l'art d'exploiter son siècle et son pays.

VENIERI, curieux.

L'exploiter?... Et comment ?

FRANCO

Mais !... l'éloge ou le blâme Par la plume qui vaut la pointe d'une lame ; Et l'orgueil que l'on flatte ou l'effroi qu'on répand, Tout cela vaut son prix 1 — Tour à tour fier, rampant, Effronté, froid, cruel, insolent, perspicace, Demandant un trésor pour une dédicace, Adroit calculateur qui pèse et qui connaît Ce que peut de venin contenir un sonnet, Ayant l'intarissable et farouche génie De l'insulte, du rire et de la calomnie, Prodiguant l'invective aussi bien que l'encens, Attaquant les meilleurs comme les plus puissants, Vendant son style comme un Suisse son courage, Spadassin de l'esprit qui se bat avec rage, Osant tout, faisant tout et rêvant plus encor, Il gagne à ce métier douze mille écus d'or...

frantz, entrant.

Le divin Arétin ?

FRANCO, brusquement.

N'est pas là.

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