L ENVOYÉ
Le chevalier Bayard.
TOUS
Le chevalier Bayard !
ARÉTIN', un peu déconcerté.
Ah ! Bayard ! Je comprends, et Ton aime, à mon âge, Qu'un héros s'abandonne à quelque badinage, C'est fort bien. Mais ce jeu ne peut durer longtemps. Chevalier, rendez-moi cette lettre. J'attends !...
BAYARD, mettant la lettre dans son pourpoint. Venez la prendre.
ARÉTIN
Un fou, décidément vous l'êtes !
Le roi saura par moi l'affront que vous lui faites.
BAYARD
On ne serait ni bon soldat, ni bon chrétien, Si l'on servait les rois sans jamais risquer rien ! Je ne suis qu'un soldat, fait d'une rude écorce, Et je ne parle guère à moins qu'on ne m'y force. Donc, un seul mot : gardez la chaîne, le collier ; Ce n'est rien, c'est de l'or ! La lettre...
ARÉTIN
Chevalier, Vous venez de me faire une insulte publique ; L'insulté répondra ; que l'insulteur s'explique !
BAYARD
Vous avez tort, car j'ai le parler dur et franc,
Et je mets toute chose et tout homme à son rang.
ARÉTIN
C'est ma coutume aussi. C'est pourquoi je vous somme D'accuser, de parler, d'agir en gentilhomme.
BAYARD
Vous le voulez ? — Eh bien... à Marignan le soir,
Le roi François premier désira, sans surseoir,
Être armé chevalier ; ce n'était pas jactance,
Car il avait battu les Suisses d'importance
Et soutenu leurs chocs, droit comme un mur d'airain.
Or, c'est moi que le roi choisit pour son parrain.
Lors, je me dis, allant au fond de toute chose :
« C'est un devoir de plus que cet honneur m'impose
Cette paternité doit être, selon moi,
Sévère d'autant plus que le fils est un roi ! »
Je trouve que mon fils, écrivant cette lettre,
Vous a fait un honneur qui le peut compromettre,
Car vous la publieriez, plus cynique et hautain,
Pour coller ce grand nom au nom de l'Arétin 1
ARÉTIN
Ce nom de l'Arétin, tout un peuple l'honore.
BATARD
Ce peuple-là devrait, s'il tient à vivre encore,
Vous chasser comme un traître au milieu des affronts.
ARÉTIN
Je ne le trahis pas.
BAYARD
Mais si ! tu le corromps !
Certes, il faut entourer d'un éternel éloge, L'écrivain noble et pur qui jamais ne déroge, Qui, debout sur la brèche, au mal seul s'attaquant, Défend la vérité comme un soldat son camp, Que pour ces gloires-là, le fondeur habitue Le bronze des canons à devenir statue, Le bronze sera fier ! Et ce triomphe est doux, Et ce triomphe est bon ! Mais justice pour tous ! La mauvaise herbe, il faut qu'on la brûle ou la fauche Maudites soient du ciel les œuvres de débauche ! Leur influence, hélas ! flattant nos vils penchants, Commence sur des rois aveugles ou méchants ;